Le devoir est ce que je dois faire indépendamment de ce que je veux faire — d'où le problème : un acte fait par devoir et un acte conforme au devoir ont la même apparence, mais une valeur morale très différente.
Si je fais le bien parce que j'en ai envie, est-ce encore moral ? Si je ne le fais que par devoir, sans inclination, est-ce humain ? Le devoir hésite entre une exigence inconditionnelle qui semble m'arracher à ma sensibilité et une vie morale enracinée dans le désir même du bien.
1. Le devoir comme suite de la vertu (Aristote) — Pas de devoir abstrait : on devient bon en agissant bien, et l'homme vertueux fait spontanément ce qu'il doit. Le devoir est intériorisé par l'habitude (hexis), il n'a pas à s'imposer comme un commandement.
2. Le devoir comme commandement de la raison (Kant) — Le devoir vient d'une raison pratique pure, indépendante des inclinations. Sa formule : « Agis seulement d'après la maxime telle que tu puisses vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. » Seul l'acte fait par devoir a une valeur morale.
3. Le devoir comme contrat (Hobbes, Rousseau) — Le devoir ne vient pas du ciel mais d'un engagement réciproque. Je dois aux autres ce qu'ils me doivent, parce que nous avons accepté ensemble de sortir de la guerre de tous contre tous. Texte : Rousseau — Du contrat social.
4. Le devoir comme servitude masquée (Nietzsche) — Ce qu'on appelle devoir est l'impératif des faibles déguisé en raison. La morale du devoir nie la vie au profit de l'au-delà, de l'égalité, du ressentiment. À démasquer.
5. Le devoir comme situation (Sartre, éthiques contemporaines) — Il n'y a pas de devoir universel décontextualisé. Le devoir surgit dans une situation où ma responsabilité est engagée, et c'est en choisissant que je l'institue.