La distinction en une formule
Légal : conforme à la loi positive en vigueur. Légitime : conforme à la justice, fondé en raison ou en valeur.
Origine philosophique
Distinction esquissée déjà dans l'Antigone de Sophocle : Créon invoque la légalité (interdiction d'enterrer Polynice), Antigone la légitimité (loi divine, devoir familial). Théorisée par les jusnaturalistes (Locke, Rousseau) et les positivistes (Hobbes, Kelsen). Weber distingue trois types de légitimité : traditionnelle, charismatique, légale-rationnelle.
Exemples canoniques
- Légal mais illégitime : l'esclavage dans la France du XVIIIe ; les lois de Vichy ; certaines lois ségrégationnistes.
- Légitime mais illégal : l'aide aux migrants en situation irrégulière (selon certains) ; la Résistance face à l'occupant ; la désobéissance civile.
- Légal et légitime : interdire le meurtre.
Pièges et confusions
- Confondre les deux : croire qu'une loi votée est forcément juste. Critique : la légalité nazie.
- « Tout ce qui est légitime devrait être légal » : idéal régulateur, mais piège si on tire de la légitimité personnelle un droit d'enfreindre la loi.
- Confondre légitime et populaire : un régime peut être populaire et illégitime (tyrannie de la majorité).
- Confondre légitime et moral : la légitimité politique n'est pas réductible à la moralité privée.
Sujets décisifs
- Une loi injuste oblige-t-elle ?
- Faut-il toujours respecter la légalité ? (désobéissance civile, Thoreau, Gandhi).
- La force fait-elle la légitimité ? (Pascal : la force fait la loi qui devient justice).
- Qui décide de la légitimité ? (Dieu, la raison, le peuple, l'histoire ?).