Le travail est l'activité par laquelle l'homme transforme la nature pour subvenir à ses besoins — activité à la fois libératrice (par la culture qu'elle produit) et aliénante (par la contrainte qu'elle impose).
Le travail réalise l'homme ou le mutile ? Hegel y voit la condition de la conscience de soi ; Marx, le lieu de l'aliénation ; Arendt, une activité inférieure subordonnée à la vie. Le travail est porteur d'une ambivalence irréductible : ce qui peut me libérer peut aussi me détruire.
1. Le travail comme malheur (tradition antique, Bible) — « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » : le travail est punition de la chute. Pour les Grecs, c'est l'occupation des esclaves, indigne du citoyen libre. Le travail est ce qui empêche la vie bonne.
2. Le travail comme humanisation (Hegel) — Dans la dialectique du maître et de l'esclave, c'est paradoxalement l'esclave qui accède à la conscience de soi par le travail. En transformant la nature, il s'objective et se reconnaît dans son œuvre. Le travail forme l'homme. Texte : Hegel — Maître et esclave.
3. Le travail comme aliénation (Marx) — Dans le capitalisme, le travailleur est aliéné de quatre manières : par rapport au produit (qui ne lui appartient pas), à l'activité (qu'il subit), à son essence générique (créer librement), aux autres (mis en concurrence). L'émancipation passe par la réappropriation collective. Texte : Marx — Le travail aliéné.
4. Le travail comme tripartition (Arendt) — Distinguer le labor (cyclique, biologique, ne laisse rien), l'œuvre (produit du durable) et l'action (politique, qui institue un monde commun). La modernité a réduit tout au labor : nous sommes devenus des animaux laborans. Texte : Arendt — Travail, œuvre, action.
5. Le travail comme valeur (modernité, sociologie du travail) — Avec Locke, Smith, Hegel, le travail devient la source de la valeur, le marqueur d'identité, l'instance d'intégration sociale. « On est ce qu'on fait. » Cette centralité du travail est elle-même une construction historique aujourd'hui interrogée.