En une phrase

La raison est la faculté humaine de penser selon des principes, de relier les causes aux conséquences et de juger en s'élevant au-dessus du particulier — mais cette faculté universelle est-elle une donnée ou une conquête, un fait ou une norme ?

Le problème central

La raison se présente comme ce qui devrait nous unir (elle est en principe la même pour tous) ; or les hommes raisonnables s'accordent rarement. La raison est-elle défaillante en fait, ou est-ce notre conception même de la raison qui est trop étroite ? La même faculté produit la science et l'idéologie, la démocratie et l'inquisition.

Distinctions fondamentales

Thèses majeures

1. La raison comme propre de l'homme (Aristote, tradition classique) — L'homme est zoon logikon, animal doué de raison. La raison est ce qui le distingue, ce qui fonde sa dignité et son aptitude au politique. Elle est ordonnée au vrai et au bien.

2. La raison comme calcul (Hobbes, Descartes) — Raisonner, c'est calculer (« addition et soustraction » pour Hobbes). La méthode cartésienne fonde la raison sur l'évidence et la déduction. Texte : Descartes — Le cogito.

3. La raison comme architectonique (Kant) — La raison a un usage théorique (connaissance) et pratique (morale), mais elle s'égare quand elle prétend connaître l'inconditionné (Dieu, l'âme, le monde). D'où la Critique : délimiter ses droits. La raison se légifère elle-même. Texte : Kant — Qu'est-ce que les Lumières ?.

4. La raison comme historique (Hegel, Marx) — La raison n'est pas une donnée éternelle mais le déploiement de l'Esprit dans l'histoire (Hegel) ou le produit de conditions matérielles (Marx). La « raison » d'une époque traduit ses rapports de pouvoir.

5. La raison comme instrument du soupçon (Nietzsche, École de Francfort) — Pour Nietzsche, ce qu'on appelle raison est volonté de puissance déguisée. Pour Horkheimer et Adorno, la « raison instrumentale » des Lumières a engendré Auschwitz : la rationalité des moyens peut servir n'importe quelles fins.

Faux problèmes et pièges