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Après avoir vu que le moi est une métamorphose (S9), cette séquence interroge la dimension créatrice de l'être humain : non plus seulement les transformations que nous subissons, mais celles que nous produisons. Créer une œuvre, inventer une technique, donner la vie à ce qui n'existait pas — voilà ce que l'homme fait depuis la nuit des temps. Mais qu'est-ce, exactement, que créer ? Y a-t-il une création véritable, ou bien toute œuvre n'est-elle que la recombinaison de ce qui existait déjà ? Et que se passe-t-il quand le créateur dépasse la mesure, quand il prétend rivaliser avec les dieux ? Cette séquence vous mène au cœur d'une des grandes questions de notre temps : qu'est-ce qu'inventer, et faut-il tout inventer ? Avec Bergson, Nietzsche et Mary Shelley, vous découvrirez à la fois l'éloge de la création et son inquiétante démesure.
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Lisez ces deux faits, qui sont réels. Premièrement : en 2018, le premier bébé dont les gènes avaient été modifiés par CRISPR (une technique d'édition génétique) est né en Chine. Deuxièmement : en 2022, ChatGPT a été mis à la disposition du grand public, et des intelligences artificielles ont commencé à produire des textes, des images, de la musique, indiscernables (parfois) du travail humain.
Ces deux faits ont une chose en commun : ils marquent des seuils. L'humain a franchi quelque chose. Il a touché à la création de la vie elle-même (en modifiant des embryons) et à la création de l'esprit (en fabriquant des machines qui semblent penser).
Il y a deux manières de réagir devant ces seuils. La première est l'enthousiasme prométhéen : enfin, l'homme accomplit pleinement sa nature, qui est de créer. La seconde est l'effroi prométhéen : nous avons dassé la mesure de ce qu'il est prudent de créer. Entre ces deux réactions, la philosophie doit nous aider à réfléchir.
La question de fond est ancienne. Dès les mythes grecs, Prométhée, qui vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes, crée la civilisation humaine, mais est puni pour cela : enchaîné à son rocher, un aigle lui ronge le foie qui repousse chaque nuit. La création et le châtiment sont, dans la pensée grecque, inséparables. Créer, c'est risquer.
Cette séquence vous fait travailler trois auteurs majeurs sur cette question : Bergson, qui pense la création comme essence de la vie ; Nietzsche, qui pense la création comme tâche future de l'humanité ; Mary Shelley, qui pense la création comme tragedy de l'hybris technique. Trois regards différents, qui se complètent.
Lisez Bergson — L'Évolution créatrice (1907). Ce livre est l'un des plus influents du début du XXᵉ siècle : il a vendu en quelques années plus de 50 000 exemplaires (chiffre énorme pour un livre de philosophie), et il a valu à Bergson le prix Nobel de littérature en 1927.
La thèse centrale est que la vie biologique elle-même est créatrice. Bergson propose le concept d'élan vital : il y a, dans le vivant, une force qui invente sans cesse de nouvelles formes (espèces, organes, comportements). Cette force n'est pas le simple effet d'un mécanisme aveugle (comme le pensait Darwin selon Bergson) ; elle n'est pas non plus dirigée par un plan pré-tabli (comme le pensaient les finalistes). Elle est une création au sens fort : une production de nouveauté imprevisible.