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Le Seuil a posé l'écart entre croire et savoir. Ce premier chapitre vous fait entrer dans la grande question d'automne — Que puis-je savoir ? — par la voie la plus radicale : celle du doute. Que reste-t-il quand on a tout mis en doute ?

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Avant de commencer

Au seuil de l'année, vous avez écrit, pour vous-même, ce que vous croyez savoir. Reprenez cette feuille. Lisez-la. Et posez-vous, à présent, une question simple mais redoutable : de tout ce que j'ai écrit là, qu'est-ce qui résiste vraiment à l'examen ?

C'est exactement la question que se pose René Descartes (1596–1650), philosophe et mathématicien français, lorsqu'il rédige ses Méditations métaphysiques. Il a passé sa vie à apprendre : la philosophie scolastique, les mathématiques, la physique nouvelle, la médecine. Il a beaucoup lu, beaucoup voyagé, beaucoup pensé. Et il se rend compte d'une chose : tout ce qu'il a tenu pour vrai jusque-là est mélangé. Du vrai, du probable, du faux, du douteux — tout cela cohabite dans sa tête comme dans un grenier mal rangé. Il décide de faire le grand ménage. Et la méthode qu'il invente pour cela porte un nom : le doute méthodique.

Ce chapitre va suivre Descartes dans ce ménage. Vous allez voir comment il met tout en doute, et ce qu'il trouve, à la fin, qui ne se laisse plus mettre en doute. Vous découvrirez ainsi, pour la première fois cette année, ce qu'est une vérité au sens philosophique du terme — et pourquoi cette découverte engage du même coup ce qu'on appellera la conscience.


§ 1. Le problème : ce que je crois savoir tient-il debout ?

Activité §1 — Croire / savoir

Faisons l'exercice. Vous croyez sans doute que vous lisez ce texte en ce moment même. Vous croyez que vous êtes assis quelque part, dans une salle ou chez vous. Vous croyez que vos parents sont vos parents, que la France a une certaine forme géographique, que l'eau bout à 100 °C. Vous croyez. Mais savez-vous ?

Pour la plupart de ces croyances, la réponse honnête est : non, pas vraiment. Vous n'avez pas vérifié que l'eau bout à 100 °C ; on vous l'a dit, et vous l'avez cru. Vous n'avez pas démontré la forme de la France ; vous avez vu des cartes, et vous les avez crues. Vous n'avez pas non plus, à vrai dire, démontré que ces gens qui s'appellent vos parents le sont biologiquement ; vous avez vécu, et vous y avez cru.

Tout cela peut sembler tatillon. Mais Descartes va précisément faire de cette inquiétude — est-ce que je sais vraiment ce que je crois savoir ? — un instrument de connaissance. Son pari est le suivant : si je veux fonder un savoir solide, je dois d'abord ébranler tout ce qui peut être ébranlé. Ce qui restera, après l'ébranlement, sera nécessairement vrai — non parce que je l'aurai prouvé directement, mais parce qu'il aura résisté à l'épreuve la plus impitoyable.

Le doute, ici, n'est pas une faiblesse : c'est une arme. Et c'est une arme méthodique, c'est-à-dire qu'on s'en sert temporairement et volontairement, pour atteindre la vérité. Descartes ne doute pas comme on désespère ; il doute comme on filtre.


§ 2. Trois vagues de doute

Descartes ne se contente pas de douter en général. Il procède par vagues, du plus facile au plus radical. Chacune de ces vagues élimine une famille entière de croyances.

Première vague : les sens nous trompent parfois

La première chose dont on peut douter, ce sont les sens. Nos cinq sens nous mentent — pas toujours, mais parfois. Un bâton à demi plongé dans l'eau paraît brisé, alors qu'il ne l'est pas. Une tour vue de loin paraît ronde, alors qu'elle est carrée. La fièvre fait paraître froids des draps tièdes. Si les sens nous trompent parfois, n'est-il pas prudent, dit Descartes, de ne plus se fier jamais complètement à eux ?

Vous direz : mais quand même, je vois bien que je suis assis sur cette chaise — il n'y a pas de doute là-dessus. Descartes répond : peut-être. Mais alors il faudra autre chose qu'une perception sensible pour me l'assurer.

Deuxième vague : le rêve