Le langage est le système de signes par lequel l'homme communique, pense et se distingue — mais dont l'extension exacte (à l'animal ? à la machine ?) et la fonction première (dire le réel ? l'instituer ?) restent en débat.
Le langage est-il un instrument neutre au service de la pensée, ou bien est-ce le langage qui structure ce que je peux penser ? Selon la réponse, l'identité même du sujet bascule : maître de ses mots ou parlé par eux.
1. Le langage comme propre de l'homme (Aristote) — L'animal a la voix (phônè), qui exprime la douleur ou le plaisir ; seul l'homme a le logos, qui distingue le juste de l'injuste. Le langage fonde la communauté politique elle-même.
2. Le langage comme instrument de pensée (Descartes, tradition classique) — La pensée précède le langage, qui n'en est que l'expression. Le langage transmet, il ne crée pas. Penser en silence est possible.
3. Le langage comme structure de la pensée (Hegel, Merleau-Ponty) — « Nous pensons dans les mots » (Hegel). La pensée ne préexiste pas à son expression ; elle se forme en se disant. Pas de pensée claire avant le mot juste.
4. Le langage comme système de différences (Saussure, structuralisme) — La signification ne vient pas du rapport mot-chose mais des différences internes au système. « Dans la langue il n'y a que des différences. » Le sens est relationnel, non substantiel.
5. Le langage comme action (Austin, Wittgenstein) — Parler, c'est faire : promettre, baptiser, condamner. Le langage n'est pas qu'un miroir du réel ; il est une forme de vie, un ensemble de « jeux de langage ».