La vérité est la propriété d'un énoncé (ou d'un esprit, ou d'une chose) qui s'accorde avec ce qu'il prétend dire — mais déterminer en quoi consiste cet accord est précisément le problème que toute la philosophie tente de résoudre.
Que gagne-t-on à dire d'un énoncé qu'il est vrai, et non simplement utile, partagé ou cohérent ? Si chaque époque a sa « vérité », la vérité est-elle un mot vide ? Mais alors, comment distinguer le savoir de la croyance, le témoin de l'imposteur, le diagnostic du verdict ?
1. La vérité comme correspondance (Aristote, scolastique) — « Dire de ce qui est qu'il est, ou de ce qui n'est pas qu'il n'est pas, c'est dire le vrai. » La vérité est adaequatio rei et intellectus, adéquation de la chose et de l'esprit. C'est la conception spontanée.
2. La vérité comme cohérence (rationalisme, mathématiques) — Un système est vrai s'il est cohérent. Cas des vérités mathématiques où il n'y a pas d'objet extérieur à « correspondre ». La vérité est interne au système.
3. La vérité comme évidence (Descartes) — Est vrai ce qui se présente à l'esprit avec clarté et distinction. Le critère est subjectif (dans le cogito) mais débouche sur l'objectif. Texte : Descartes — Le cogito.
4. La vérité comme utilité (pragmatisme, James, Peirce) — Est vrai ce qui marche, ce qui résiste à l'épreuve dans la durée. Pas de vérité déconnectée de la pratique. « La vérité arrive à une idée » : elle se fait.
5. La vérité comme effet de pouvoir (Nietzsche, Foucault) — Il n'y a pas de vérité hors d'un dispositif qui la produit. Chaque société a son « régime de vérité ». Demander qui dit le vrai, c'est demander qui parle, depuis quelle position, avec quel intérêt. Texte : Foucault — Le panoptisme.