La justice est ce qui rend à chacun son dû — énoncé trompeusement simple, car déterminer « ce qui revient à chacun » et selon quel critère est précisément le problème politique premier.
La loi est légale, mais est-elle juste ? Si une loi peut être injuste, c'est qu'il existe un critère de la justice indépendant de la loi positive. Mais quel est-il, et qui le détient ? La justice oscille entre conformité à la loi (positivisme) et appel à un ordre supérieur (jusnaturalisme).
1. La justice comme harmonie (Platon) — Dans la République, est juste la cité où chacune des trois classes accomplit sa fonction propre. La justice n'est pas d'abord règle mais ordre. Dans l'âme individuelle, même définition : la raison commande, le courage exécute, le désir obéit.
2. La justice comme proportion (Aristote) — La justice distributive donne à chacun selon son mérite, la justice commutative rétablit l'égalité dans les échanges. L'équité corrige la généralité de la loi par la prise en compte du cas singulier.
3. La justice comme convention (Hobbes, positivisme juridique) — Avant le pacte, rien n'est juste ni injuste. La justice naît du contrat qui institue le souverain. « Auctoritas, non veritas, facit legem » : ce qui fait la loi, c'est l'autorité, non la vérité.
4. La justice comme équité derrière le voile d'ignorance (Rawls) — Sont justes les principes qu'on choisirait si l'on ignorait sa position sociale future. Résultat : libertés égales pour tous + les inégalités n'étant acceptées que si elles bénéficient aux plus défavorisés.
5. La justice comme reconnaissance (Honneth, féminismes) — Au-delà de la répartition matérielle, la justice exige la reconnaissance des identités, des mépris subis, des invisibilisations. La lutte pour la justice est lutte pour être vu et entendu.