En une phrase

La conscience est le rapport réflexif d'un sujet à lui-même, par lequel il sait qu'il pense, qu'il agit et qu'il existe — un rapport dont la nature, l'unité et la transparence font précisément problème.

Le problème central

Si la conscience est ce par quoi je me connais, comment puis-je m'y tromper sur moi-même ? Et si elle peut se tromper, est-elle encore une instance de connaissance ? La conscience hésite ainsi entre deux statuts incompatibles : être la condition de toute vérité sur soi (Descartes), ou être un effet de surface qui masque ce qui me détermine vraiment (Marx, Nietzsche, Freud).

Distinctions fondamentales

Thèses majeures

1. La conscience comme fondement (Descartes) — Le cogito (« je pense, donc je suis ») établit que la conscience de soi est la première vérité indubitable. Quoi que je pense, le fait même que je pense atteste mon existence comme chose pensante. La conscience devient le fondement de toute connaissance et le modèle de la certitude. Texte : Descartes — Le cogito.

2. La conscience comme intériorité morale (Rousseau, Kant) — La conscience n'est pas seulement savoir, elle est aussi voix qui juge. Pour Rousseau, c'est un « instinct divin », principe inné du bien et du mal. Pour Kant, le « tribunal intérieur » de la raison pratique. La conscience cesse d'être seulement théorique : elle est ce qui me rend responsable.

3. La conscience comme dialectique (Hegel) — La conscience n'est pleine d'elle-même qu'en se confrontant à une autre conscience. Je ne deviens sujet qu'en étant reconnu par un autre sujet. La conscience est par essence intersubjective. Texte : Hegel — Maître et esclave.

4. La conscience comme illusion ou effet (Marx, Nietzsche, Freud) — Le « je » conscient n'est pas le centre de commande qu'il croit être. Ce qui me détermine — rapports de production (Marx), pulsions et volonté de puissance (Nietzsche), désirs refoulés (Freud) — opère en deçà de la conscience. Celle-ci est rationalisation après coup. Texte : Freud — L'inconscient.

5. La conscience comme intentionnalité (Husserl, Sartre) — Toute conscience est conscience de quelque chose : elle n'est pas une chose intérieure mais une visée tournée vers le monde. Elle n'a pas de contenu propre, elle est pure transparence. Pour Sartre, elle est par là même liberté absolue : rien en moi ne me détermine de l'intérieur.

Faux problèmes et pièges