En une phrase

L'art désigne toute production humaine qui ne vise ni l'utile ni le vrai mais le sensible — et dont la valeur n'est pourtant ni purement subjective ni purement objective.

Le problème central

Si le beau est ce qui plaît, et que le goût varie, l'art n'est-il qu'une affaire privée ? Mais alors pourquoi reconnaît-on collectivement certaines œuvres comme grandes, et d'autres pas ? L'art met en tension le subjectif et l'universel, sans permettre de les concilier comme le fait la science.

Distinctions fondamentales

Thèses majeures

1. L'art comme imitation (Platon, Aristote) — Pour Platon, l'art imite le sensible qui imite l'Idée : il est doublement éloigné du vrai et donc condamnable. Pour Aristote, la mimèsis est au contraire ce qui fait connaître : la tragédie purge les passions (catharsis).

2. L'art comme libre jeu (Kant) — Le beau n'est ni utile (pas d'intérêt) ni conceptuel (pas de règle). Le jugement de goût prétend à l'universalité sans pouvoir la fonder en concept. L'art est l'expérience d'une « finalité sans fin ».

3. L'art comme manifestation sensible de l'Idée (Hegel) — L'art est l'un des trois modes (avec la religion et la philosophie) par lesquels l'Esprit se manifeste. Mais l'art étant par essence sensible, il atteint ses limites quand l'Idée devient trop riche pour se dire sensiblement. D'où la thèse — souvent mal lue — de la « fin de l'art ».

4. L'art comme création (Nietzsche, modernes) — L'artiste n'imite pas, il invente. L'art est volonté de puissance, transfiguration du chaos. Avec les avant-gardes du XXe siècle, l'art se définit par sa rupture avec ce qui le précède.

5. L'art comme institution (Duchamp, Danto) — Ce qui fait qu'un objet est œuvre d'art, ce n'est pas sa beauté mais le monde de l'art qui le reçoit comme tel. L'urinoir devient « Fontaine » par le geste de l'exposer.

Faux problèmes et pièges