La distinction en une formule
Transcendant : ce qui dépasse ce dont on parle, ce qui est « au-delà ». Immanent : ce qui reste à l'intérieur, ce qui appartient en propre à ce dont on parle.
Origine philosophique
Distinction fondatrice en métaphysique et théologie. Un Dieu transcendant (judao-christianisme, Platon) est séparé du monde ; un Dieu immanent (Spinoza : « Deus sive natura ») lui est intérieur. Kant donne au mot un sens épistémique : est transcendant ce qui dépasse les bornes de l'expérience possible. Deleuze fait de l'immanence le geste philosophique premier.
Exemples canoniques
- Dieu transcendant : Yahvé créateur, extérieur à sa création.
- Dieu immanent : la nature divinisée de Spinoza, le panthéisme.
- Loi morale transcendante : la voix du devoir vient d'ailleurs.
- Loi morale immanente : la loi est dans la raison qui se légifère elle-même (Kant).
- Valeur transcendante de l'œuvre d'art : elle vaut au-delà de son contexte.
Pièges et confusions
- Ne pas confondre avec transcendantal (Kant) : transcendantal désigne les conditions a priori de l'expérience (donc en nous), transcendant ce qui dépasse l'expérience (donc hors d'atteinte). Piège classique.
- Croire que transcendance = religion : la transcendance peut être morale (le devoir), esthétique (le sublime), politique (les valeurs républicaines).
- Croire que l'immanence est matérialiste : Spinoza est immanentiste et métaphysicien.
- Opposer rigidement les deux : l'incarnation chrétienne est précisément un Dieu transcendant devenu immanent.
Sujets décisifs
- Les valeurs sont-elles transcendantes ou immanentes ?
- La liberté vient-elle d'ailleurs ou de nous ?
- Une morale immanente est-elle encore une morale ?
- Faut-il dépasser le monde pour le comprendre ?