<aside>
🔍
Gabarit : définition · usage philosophique · usage littéraire · pièges à éviter
</aside>
Définition
Catégorie esthétique distincte du beau, désignant ce qui dépasse la mesure et suscite une émotion mêlée d'admiration et d'effroi. L'océan déchaîné, la haute montagne, l'orage, le ciel étoilé, mais aussi la grandeur morale, le sacrifice héroïque, l'œuvre démesurée. Le sublime éprouve les limites de notre représentation et nous met devant ce qui les excède.
Usage philosophique
- Pseudo-Longin, Traité du sublime (Iᵉʳ siècle apr. J.-C.) : premier traité conservé, redécouvert et traduit par Boileau en 1674. Le sublime est « cet extraordinaire et ce merveilleux qui frappe dans le discours ». Il s'agit d'abord d'une catégorie rhétorique.
- Edmund Burke, Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau (1757) : distinction radicale sublime / beau. Le sublime est lié à la terreur et à l'obscurité (l'immensité, la puissance, la privation), le beau à la douceur et au clair. Le sublime saisit ; le beau plaît.
- Kant, Critique du jugement §23-29 (1790) : élaboration canonique. Distinction du sublime mathématique (l'immensément grand, qui excède notre faculté d'imaginer une totalité) et du sublime dynamique (la puissance terrible, devant laquelle notre petitesse physique éclate). Mais ce qui est sublime n'est pas l'objet — c'est notre disposition de l'âme, qui découvre en elle, par contraste avec l'objet, la grandeur de la raison.
- Schiller, Du sublime (1801) : le sublime comme révélation de la liberté morale.
- Lyotard, L'Inhumain. Causeries sur le temps (1988) : le sublime postmoderne — l'art contemporain (Newman, Rothko) comme tentative de présenter ce qui ne se présente pas.
Usage littéraire
- Poésie de la nature : Hugo (Les Contemplations, La Légende des siècles) ; Lamartine (Le Lac, 1820) ; Wordsworth (The Prelude).
- Chateaubriand, René (1802), Atala (1801), Mémoires d'outre-tombe : sublime des paysages américains, sublime de la mélancolie individuelle.
- Tradition gothique anglaise : Ann Radcliffe (Les Mystères d'Udolphe, 1794), Mary Shelley (Frankenstein, 1818 — scènes alpines, glaciers du Mont-Blanc).
- Symbolisme et XXᵉ siècle : Mallarmé (Igitur, Un coup de dés), Saint-John Perse (Anabase), Char.
Pièges à éviter
- Sublime ≠ simplement grand ou impressionnant. L'usage courant a affaibli le mot (« ce gâteau est sublime »). Le sublime philosophique est une catégorie technique, qui suppose excès, démesure et émotion mêlée.
- Sublime ≠ beau. Le beau plaît et calme ; le sublime bouleverse et trouble. Confusion fréquente mais conceptuellement fautive.
- Ne pas dissocier le sublime de son ambivalence : il fait éprouver à la fois la petitesse physique de l'humain et la grandeur morale ou intellectuelle de sa raison. C'est cette double dimension qui fait sa puissance.
- Distinguer sublime de la nature (Burke, Kant) et sublime de l'art (qui pose la question du montrer l'imprésentable — Lyotard, art contemporain).
- Ne pas confondre le sublime classique (Longin : grandeur du style) et le sublime romantique-moderne (Burke, Kant : sentiment de l'illimité).