Georg SimmelPhilosophie de l'argent, 1900, Partie analytique, 3e chapitre, section 1, tr. fr. Serge Katz, GF, 2009, p. 62-64.

"Tout échange économique repose sur le fait que je veux avoir quelque chose qui se trouve à ce moment en possession d'un autre, et que celui-ci me le cède si, en échange, je lui donne quelque chose que je possède et qu'il veut avoir : il est claire comme de l'eau de roche que le dernier terme de ce processus symétrique ne se présentera pas à chaque occurrence du premier. D'innombrables fois, je convoiterai l'objet a, qui se trouve en possession de A, alors que l'objet ou le service b, que je donnerais volontiers en contrepartie, sera tout à fait sans attrait pour A ; ou bien encore, ces deux biens seront bel et bien désirés de part et d'autre, mais l'accord sur les quantités à travers lesquelles ils se correspondent ne pourra être établi par une évaluation directe. C'est pourquoi il est d'un très grand intérêt pour parvenir au mieux à nos fins que soit introduit dans la chaîne des buts un terme dans lequel b puisse à tout moment être converti, et qui, de son côté, pourra de la même façon être converti en a […] Tout comme mes pensées doivent prendre la forme de la langue communément comprise, pour que je puisse, par ce détour, faire avancer mes entreprises pratiques, de la même manière, mon acte et mon avoir doivent prendre la forme de la valeur monétaire pour servir le le progrès de ma volonté. L'argent est la plus pure forme de l'outil […] : c'est une institution dans laquelle l'individu verse son acte ou son avoir, afin d'atteindre par ce point de passage des objectifs auxquels il ne pourrait accéder en concentrant directement ses efforts sur eux."


Georg SimmelPhilosophie de l'argent, 1900, tr. fr. Sabine Cornille et Philippe Ivernel, PUF, p. 246-247.

"Finalement, toute la diversité des marchandises est convertible en une seule valeur, l'argent, tandis que l'argent, lui, est convertible en toute la diversité des marchandises. Par rapport au travail, le phénomène prend cette forme particulière que le capital est presque toujours transférable d'un usage à l'autre - au pire avec une certaine perte, mais souvent avec profit - tandis que le travail, lui, ne l'est quasiment jamais. L'ouvrier ne peut pour ainsi dire pas disjoindre son savoir et son talent du métier qu'il exerce, pour les investir dans un autre. Eu égard à la liberté de choix et aux avantages qu'elle procure, il est donc défavorisé tout autant que le commerçant vis-à-vis du détenteur de capitaux. C'est pourquoi la valeur d'une somme d'argent donnée est égale à la valeur de chaque objet particulier dont elle constitue l'équivalent, plus la valeur de la liberté de choix offerte entre un nombre indéterminé d'objets pareils - ce plus n'ayant guère d'analogue approximatif dans la sphère de la marchandise ou du travail."