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Après avoir découvert la sensibilité (S8) et la manière dont les poètes modernes ont découvert un autre en chacun de nous, cette séquence affronte la question vertigineuse de la permanence du moi à travers le temps. Suis-je vraiment la même personne que l'enfant de cinq ans que je vois sur une vieille photo ? Pratiquement aucune de ses cellules n'est encore en moi. Ses goûts, ses peurs, ses amis ont disparu. Et pourtant, je dis « c'est moi ». Pourquoi ? Qu'est-ce qui demeure sous l'écoulement ? Cette séquence vous mène au cœur d'une des plus belles énigmes de la pensée moderne : celle de l'identité personnelle. Avec Hume et Rimbaud, vous découvrirez que la stabilité du moi est l'une des illusions les plus tenaces — et que reconnaître cette illusion ne détruit pas le moi, mais le transforme en une tâche, en un récit, en une métamorphose.

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Avant de commencer

Je vous propose une expérience. Prenez une photographie de vous à cinq ans (ou représentez-la en pensée si vous n'en avez pas). Regardez ce petit être. Regardez ses yeux, son sourire étonné, ses vêtements, son regard sur un monde qu'il commence à peine à découvrir. Dites-vous : cet enfant, c'est moi.

Maintenant, pesez ce que vous venez de dire. Cet enfant, c'est-à-dire un être dont presque aucune cellule biologique n'existe plus dans votre corps actuel (les cellules se renouvellent toutes les sept ans environ). Cet enfant, dont les croyances (sur le Père Noël, sur ses parents, sur le monde) seraient pour vous aujourd'hui naïves ou étranges. Cet enfant, dont les peurs (peur du noir, peur de la séparation) ont disparu, remplacées par d'autres peurs (peur de l'échec, peur de la mort) qu'il n'avait même pas l'idée d'avoir. Cet enfant, dont vous ne partagez plus le corps, ni les pensées, ni les émotions principales.

Et pourtant, vous dites : c'est moi. Sur quoi se fonde cette identification ? Qu'est-ce qui demeure entre cet enfant et vous, qui justifie qu'on les nomme par le même mot ?

Voilà le problème de l'identité personnelle. Et c'est l'un des plus difficiles, des plus profonds, des plus actuels de toute la philosophie. Il prend une acuité nouvelle à notre époque, où les biographies sont moins linéaires que jamais : on change de métier, de pays, de partenaire, parfois de genre, de religion. On se réinvente. Mais que reste-t-il alors du « moi » à travers ces métamorphoses ?

Cette séquence vous donne deux grands instruments pour penser cette question : la dissolution humienne du moi d'un côté, l'altérité rimbaldienne de l'autre. Et elle ouvre une voie de réponse : l'identité narrative, c'est-à-dire l'idée que ce qui me lie à l'enfant que j'étais n'est ni mon corps, ni ma mémoire seule, mais l'histoire que je raconte qui relie l'un à l'autre.


§ 1. Les réponses classiques au problème

Avant de lire Hume, comprenez l'état de la question. Trois réponses classiques tentent d'expliquer la permanence du moi :

1. La réponse substantielle (Descartes). Il y a en moi une substance, l'âme, qui est simple (sans parties) et permanente (qui ne change pas). Cette âme est mon je véritable. Mon corps, mes pensées, mes émotions peuvent changer ; l'âme, elle, demeure identique. Cette réponse, qui est aussi celle de la tradition chrétienne, fait du moi une chose, un noyau indécomposable.