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Page commune générale + techno. Cette séquence est partagée par les deux séries. La générale traite ensemble justice et État (deux notions du programme) ; la techno se concentre sur la justice seule, l'État restant en arrière-plan implicite à travers Rousseau, Hegel et Foucault. La techno active en plus le repère Idéal / réel, déjà vu en S6.

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En S6, vous avez vu que l'obligation morale n'est pas la contrainte sociale. Mais la société, justement, contraint — par ses lois, ses institutions, ses pouvoirs. Ces contraintes sont-elles légitimes ? À quelles conditions une société mérite-t-elle d'être dite juste ? La question est aussi vieille que la philosophie et toujours brûlante : c'est elle qui décide si je dois obéir ou résister.

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Avant de commencer

Une société parfaite, personne n'en a jamais rencontré. Mais une société plus juste qu'une autre, vous le dites tous les jours sans hésiter. Il est plus juste que les impôts soient progressifs que proportionnels. Il est plus juste qu'un enfant de famille modeste puisse accéder à l'université sans être freiné par les moyens financiers. Il est plus juste qu'on juge un accusé sur ce qu'il a fait, non sur ce qu'il est. Ces jugements supposent que le mot juste a un sens, et qu'on peut en discuter rationnellement.

La question de ce chapitre est de mettre à plat ce sens. Vous allez découvrir qu'il en existe plusieurs ; que la philosophie politique, depuis vingt-cinq siècles, oscille entre eux ; et que les grands textes du programme dessinent une carte, non une réponse unique. À vous, ensuite, de vous orienter dans cette carte.


§ 1. Trois sens du mot juste

Aristote (384–322 av. J.-C.), dans le livre V de l'Éthique à Nicomaque, propose une analyse qui sert encore aujourd'hui de boussole. Il distingue trois sens du mot juste, qui correspondent à trois tâches différentes d'une société.

La justice légale

Le juste, c'est d'abord ce qui est conforme à la loi. Une société sans loi n'est pas une société humaine, c'est un troupeau. Et une société dont les membres ne respecteraient pas la loi qu'ils se sont donnée est une société en décomposition. La justice est donc, d'abord, l'obéissance aux lois communes — à condition que ces lois soient elles-mêmes justes. C'est tout le problème, qui ouvre la distinction légal / légitime déjà vue en S6.

La justice distributive

Le juste, c'est aussi répartir convenablement ce qui est à répartir : les biens, les charges, les fonctions, les peines. Aristote propose une formule qu'on retrouve encore dans les débats sur l'égalité : il faut traiter également les égaux, et inégalement les inégaux, en proportion de leurs inégalités pertinentes. À deux élèves qui ont fait le même travail, on donne la même note. À deux contribuables aux revenus très différents, on peut justifier un impôt qui n'est pas proportionnellement le même.

Mais quelles sont les inégalités pertinentes ? C'est la grande difficulté de la justice distributive. Le mérite ? Le besoin ? L'effort ? Le rang social ? Chaque critère donne une autre répartition. La philosophie politique, depuis Aristote jusqu'à John Rawls (XXᵉ siècle), tourne en grande partie autour de cette question.

La justice corrective

Enfin, le juste, c'est réparer : quand un dommage a été commis, retablir une situation équitable. Si je casse votre vase, je vous le remplace ou je vous indemnise. C'est la justice qu'exercent les tribunaux civils. Elle ne s'occupe ni du mérite ni du rang : seulement du dommage et de la réparation.

Vous avez là un premier outil. De quelle justice parle-t-on ? Quand on dit qu'une société n'est pas juste, on lui reproche parfois ses lois (justice légale), parfois sa répartition (justice distributive), parfois son traitement des fautes et des dommages (justice corrective). Trois reproches différents, trois remèdes différents.


§ 2. Rousseau : la société comme contrat