Objectifs pédagogiques

Déroulement de la séance

Phase Durée Activité Modalité
Amorce 5 min Retour sur devoir + analyse métaphore Platon Collectif oral
Découverte méthodes 20 min Présentation dissertation/commentaire Magistral + interactif
Exercice pratique 25 min Analyse conceptuelle guidée Individuel puis binômes
Synthèse 10 min Bilan méthodologique + conseils Collectif

Documents fournis aux élèves

Document 1 : Texte de référence et analyse


Platon, Phèdre (370 av. J.-C.)

Socrate. — Mais tu admettras au moins ceci, j'imagine : tout discours¹ doit être constitué à la façon d'un être vivant. C'est-à-dire qu'il doit posséder un corps organisé², auquel il ne manque ni tête ni pieds, mais qui possède également un milieu et des extrémités. Ces parties doivent être écrites de façon à convenir entre elles et à s'harmoniser avec l'ensemble³.

Socrate. — Pour moi, c'est clair. Tout le reste de notre conversation n'a été qu'un jeu intellectuel⁴, mais parmi les choses qu'un heureux hasard m'a fait exprimer, il y a deux procédés méthodologiques⁵. Il ne serait pas sans intérêt que l'art de penser nous permette d'acquérir la maîtrise de ces deux techniques.

Phèdre. — Lesquels ?

Socrate. — Le premier procédé consiste en ceci : mener vers une forme unique⁶, grâce à une vue d'ensemble (synopsis), les éléments disséminés de tous côtés. Autrement dit, il s'agit de rassembler des phénomènes épars pour les unifier sous un concept général⁷. Le but est d'arriver, par la définition de chaque élément, à faire voir clairement quel est l'objet sur lequel on veut, dans chaque cas, faire porter l'enseignement. Voilà comment, tout à l'heure, nous avons procédé à propos de l'amour⁸ : que la définition ait été bien ou mal formulée, elle n'en a pas moins permis à notre discours d'atteindre à la clarté et à l'accord avec soi-même.

Phèdre. — Et l'autre façon de procéder, quelle est-elle, Socrate ?

Socrate. — Elle consiste à pouvoir, à l'inverse, découper par espèces⁹ en suivant les articulations naturelles. C'est-à-dire qu'il faut diviser selon la structure réelle des choses, en tâchant de ne casser aucune partie, comme le ferait un mauvais boucher sacrificateur¹⁰. Voici comment, évitant de procéder comme ce mauvais artisan, nous avons agi tout à l'heure : nos deux discours ont ramené le dérèglement de l'esprit à une espèce commune¹¹.

Mais ensuite, comme d'un corps unique partent des membres qui, par nature, forment un couple et portent le même nom (bien qu'ils soient opposés), nos discours ont procédé différemment¹². L'un des discours a coupé un morceau du côté gauche, tandis que l'autre a coupé du côté droit. Le premier ne s'est pas arrêté avant d'avoir trouvé en eux une sorte d'amour qu'il a appelé "de gauche" — c'est-à-dire l'amour vulgaire¹³ — et qu'il a vilipendé tout à fait à juste titre. L'autre discours, nous conduisant sur le côté droit de la folie, y a trouvé à son tour une espèce divine d'amour qui porte le même nom. En la présentant aux regards, il l'a louée comme la cause des plus grands biens pour les hommes¹⁴.

Phèdre. — C'est parfaitement vrai.

Socrate. — Oui, voilà, Phèdre, de quoi, pour ma part, je suis amoureux : des divisions et des rassemblements¹⁵. Ces deux opérations me permettent de parler et de penser correctement. Si je crois avoir trouvé chez quelqu'un d'autre l'aptitude à porter ses regards vers une même unité qui soit aussi, par nature, capable de se déployer naturellement en une multiplicité¹⁶, « je marche sur ses traces et je le suis à la trace comme si c'était un dieu ».

Qui plus est, ceux qui sont capables de faire cela — dieu sait si j'ai raison ou tort de les appeler ainsi —, mais jusqu'à présent, je les appelle « dialecticiens »¹⁷. Pour le moment, quel nom, dis-moi, me faut-il donner à ceux dont l'instruction dépend de toi ou de Lysias¹⁸ ? Ne s'agit-il pas de l'art oratoire, celui qui a permis à Thrasymaque et aux autres de devenir eux-mêmes habiles orateurs, et de communiquer ce talent aux autres — à ceux qui acceptent de leur apporter des présents comme à des rois¹⁹ ?


NOTES EXPLICATIVES

  1. Discours (logos) : Chez Platon, le logos désigne à la fois la parole, la raison et la structure rationnelle du réel. Un discours n'est pas une simple suite de mots, mais une structure organisée qui reflète l'ordre de la pensée. ↩
  2. Corps organisé : Métaphore fondamentale chez Platon. Le discours doit avoir la même unité organique qu'un être vivant, avec des parties distinctes mais coordonnées. Cette image annonce la conception moderne de la structure textuelle. ↩
  3. Harmonie de l'ensemble : Principe esthétique et logique. Chaque partie doit être à sa place et contribuer au tout, comme dans une symphonie ou un organisme vivant. C'est une critique implicite des discours rhétoriques désordonnés. ↩
  4. Jeu intellectuel : Platon distingue souvent entre la discussion sérieuse (spoudaios) et le jeu (paidia). Ici, Socrate minimise ironiquement ce qui précède pour mettre en valeur ce qui suit. ↩
  5. Procédés méthodologiques : Il s'agit des deux moments fondamentaux de la dialectique platonicienne : la synagôgê (rassemblement) et la diaïresis (division). Ces méthodes structurent toute la philosophie platonicienne. ↩
  6. Forme unique (eidos) : Concept central du platonisme. L'eidos est l'essence éternelle et immuable dont les choses sensibles ne sont que des copies. Ici, il s'agit de remonter du multiple vers l'un. ↩