| Phase | Durée | Activité | Modalité |
|---|---|---|---|
| Amorce | 10 min | Question ouverte + recueil représentations | Collectif oral |
| Découverte texte | 20 min | Lecture + questionnement guidé | Individuel puis collectif |
| Carte conceptuelle | 20 min | Élaboration schéma des 4 questions | Binômes puis mise en commun |
| Synthèse | 10 min | Bilan + ouverture sur programme | Collectif |
Document 1 : Texte de référence
Emmanuel Kant, Logique (1800)
Le domaine de la philosophie se ramène aux questions suivantes : 1) Que puis-je savoir ? 2) Que dois-je faire ? 3) Que m'est-il permis d'espérer ? 4) Qu'est-ce que l'homme ?² À la première question répond la métaphysique³, à la seconde la morale⁴, à la troisième la religion⁵, à la quatrième l'anthropologie⁶. Mais au fond, on pourrait tout ramener à l'anthropologie, puisque les trois premières questions se rapportent à la dernière⁷. En effet, toute interrogation philosophique trouve son origine et sa finalité dans la compréhension de l'être humain comme être rationnel et moral.
Car sans connaissances on ne deviendra jamais philosophe, mais jamais non plus les connaissances ne suffiront à faire un philosophe⁸, si ne vient s'y ajouter une harmonisation convenable de tous les savoirs et de toutes les habiletés jointes à l'intelligence de leur accord avec les buts les plus élevés de la raison humaine⁹. Autrement dit, la philosophie exige non seulement l'accumulation de connaissances, mais leur synthèse orientée vers les fins ultimes de l'existence humaine.
De façon générale, nul ne peut se nommer philosophe s'il ne peut philosopher¹⁰. Mais on n'apprend à philosopher que par l'exercice et par l'usage qu'on fait soi-même de sa propre raison¹¹. Cette distinction fondamentale sépare la philosophie de toutes les autres sciences : elle ne peut être transmise comme un contenu, mais seulement pratiquée comme une activité.
Comment la philosophie se pourrait-elle, même à proprement parler, apprendre ? En philosophie, chaque penseur bâtit son œuvre pour ainsi dire sur les ruines d'une autre¹² ; mais jamais aucune n'est parvenue à devenir inébranlable en toutes ses parties. De là vient qu'on ne peut apprendre à fond la philosophie, puisqu'elle n'existe pas encore¹³. Cette affirmation révolutionnaire signifie que la philosophie, contrairement aux sciences constituées, demeure perpétuellement en construction.
Mais à supposer même qu'il en existât une effectivement, nul de ceux qui l'apprendraient ne pourrait se dire philosophe, car la connaissance qu'il en aurait demeurerait subjectivement historique¹⁴. En d'autres termes, même une philosophie parfaite ne pourrait être apprise passivement sans perdre son essence proprement philosophique.
Il en va autrement en mathématiques. Cette science peut, dans une certaine mesure, être apprise ; car ici, les preuves sont tellement évidentes que chacun peut en être convaincu¹⁵ ; et en outre, en raison de son évidence, elle peut être retenue comme une doctrine certaine et stable¹⁶. Les mathématiques possèdent donc une objectivité démonstrative qui fait défaut à la philosophie.
Celui qui veut apprendre à philosopher doit, au contraire, considérer tous les systèmes de philosophie uniquement comme une histoire à l'usage de la raison¹⁷ et comme des objets d'exercice de son talent philosophique. Les philosophies du passé ne sont donc pas des vérités à mémoriser, mais des occasions d'exercer sa propre capacité de penser.
Car la science n'a de réelle valeur intrinsèque que comme instrument de sagesse¹⁸. Mais à ce titre, elle lui est à ce point indispensable qu'on pourrait dire que la sagesse sans la science n'est que l'esquisse d'une perfection à laquelle nous n'atteindrons jamais¹⁹. Il y a ici une dialectique féconde entre science et sagesse : ni l'une sans l'autre ne peut atteindre la plénitude philosophique.
Celui qui hait la science mais qui aime d'autant plus la sagesse s'appelle un misologue²⁰. La misologie naît ordinairement d'un manque de connaissance scientifique à laquelle se mêle une certaine sorte de vanité²¹. Il arrive cependant parfois que certains tombent dans l'erreur de la misologie, qui ont commencé par pratiquer la science avec beaucoup d'ardeur et de succès mais qui n'ont finalement trouvé dans leur savoir aucun contentement²². Cette analyse psychologique révèle deux voies distinctes vers le rejet anti-scientifique.
La philosophie est l'unique science qui sache nous procurer cette satisfaction intime²³, car elle referme, pour ainsi dire, le cercle scientifique et procure enfin aux sciences ordre et organisation²⁴. La philosophie accomplit donc une fonction architectonique : elle unifie l'ensemble du savoir humain en lui donnant sens et cohérence.
NOTES EXPLICATIVES :
² Les quatre questions fondamentales : Synthèse de l'ensemble du projet critique kantien, formulée dans la Logique (1800) et reprenant les interrogations des trois Critiques.
³ Métaphysique : Chez Kant, non plus la science de l'être en tant qu'être, mais l'examen critique des conditions de possibilité de la connaissance a priori.
⁴ Morale : Domaine de la raison pratique qui détermine les principes de l'action selon le devoir, indépendamment des inclinations empiriques.
⁵ Religion : Domaine de la raison dans ses limites, qui pose la question de l'espérance légitime au-delà de l'expérience possible.
⁶ Anthropologie : Science de l'homme comme être empirique et transcendantal, qui unifie les trois domaines précédents dans une compréhension globale.
⁷ Tout ramener à l'anthropologie : Le tournant anthropologique de la philosophie moderne : l'homme devient le centre de référence de toute interrogation philosophique.