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Lien avec le cours précédent

Lors de la séance précédente, nous avons interrogé la question : « L’homme techniquement augmenté est-il encore pleinement humain ? » à partir des implants, prothèses et technologies d’augmentation. Nous avons vu que la technique peut à la fois accomplir la nature humaine (Aristote) et risquer de la dénaturer lorsqu’elle transforme l’humain en simple ressource à optimiser (Heidegger).

Avec l’intelligence artificielle, la question se déplace : ce n’est plus seulement le corps humain qui est augmenté, mais ses capacités intellectuelles elles-mêmes (mémoire, calcul, analyse, création de textes et d’images). L’IA semble parfois rivaliser avec certaines formes d’intelligence humaine, voire les dépasser.

Dès lors, une inquiétude apparaît : si des systèmes artificiels deviennent plus efficaces que nous pour de nombreuses tâches cognitives, quel rôle restera-t-il à l’être humain ? Faut-il voir dans l’IA un simple outil puissant, ou une forme d’altérité menaçante capable de nous remplacer ? D’où la question : « Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ? »

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Activités

Objectif : faire émerger les représentations et les peurs spontanées liées à l’IA.

  1. Brainstorming guidé (5–10 min)
  1. Analyse de mini-scenarii (15–20 min)

Proposer 3 courtes situations à discuter en groupes :

Consignes de groupe :

  1. Mise en commun et formulation de la problématique (10 min)
  1. Activité de fin de séance : le procès de l’IA (20–25 min)

Mettre en scène un procès fictif de l’IA pour reprendre les idées de la séance.

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Textes

1. Simondon : l’objet technique comme médiation

"La concrétisation donne à l'objet technique une place intermédiaire entre l'objet naturel et la représentation scientifique. L'objet technique abstrait, c'est-à-dire primitif, est très loin de constituer un système naturel ; il est la traduction en matière d'un ensemble de notions et de principes scientifiques séparés les uns des autres en profondeur, et rattachés seulement par leurs conséquences qui sont convergentes pour la production d'un effet recherché. Cet objet technique primitif n'est pas un système naturel, physique ; il est la traduction physique d'un système intellectuel. Pour cette raison, il est une application ou un faisceau d'applications ; il vient après le savoir, et ne peut rien apprendre ; il ne peut être examiné inductivement comme un objet naturel, car il est précisément artificiel.

Au contraire, l'objet technique concret, c'est-à-dire évolué, se rapproche du mode d'existence des objets naturels, il tend vers la cohérence interne, vers la fermeture du système des causes et des effets qui s'exercent circulairement à l'intérieur de son enceinte, et de plus il incorpore une partie du monde naturel qui intervient comme condition de fonctionnement, et fait ainsi partie du système des causes et des effets. Cet objet, en évoluant, perd son caractère d'artificialité : l'artificialité essentielle d'un objet réside dans le fait que l'homme doit intervenir pour maintenir cet objet dans l'existence en le protégeant contre le monde naturel, en lui donnant un statut à part d'existence. L'artificialité n'est pas une caractéristique dénotant l'origine fabriquée de l'objet par opposition à la spontanéité productrice de la nature : l'artificialité est ce qui est intérieur à l'action artificialisante de l'homme, que cette action intervienne sur un objet naturel ou sur un objet entièrement fabriqué ; une fleur obtenue en serre chaude et qui ne donne que des pétales (fleur double), sans pouvoir engendrer un fruit, est la fleur d'une plante artificialisée : l'homme a détourné les fonctions de cette plante de leur accomplissement cohérent, si bien qu'elle ne peut plus se reproduire que par des procédés tels que le greffage, exigeant intervention humaine. L'artificialisation d'un objet naturel donne des résultats opposés à ceux de la concrétisation technique : la plante artificialisée ne peut exister que dans ce laboratoire pour végétaux qu'est une serre, avec son système complexe de régulation thermiques et hydrauliques. Le système primitivement cohérent des fonctionnements biologiques s'est ouvert en fonction indépendantes les unes des autres, rattachées seulement par les soins du jardinier ; la floraison est devenue une floraison pure, détachée, anomique ; la plante fleurit jusqu'à épuisement, sans produire de graines. Elle perd ses capacités initiales de résistance au froid, à la sécheresse, à l'insolation ; les régulations de l'objet primitivement naturel deviennent les régulations artificielles de la serre. L'artificialisation est un processus d'abstraction dans l'objet artificialisé.

Au contraire, par la concrétisation technique, l'objet, primitivement artificiel, devient de plus en plus semblable à l'objet naturel. Cet objet avait besoin, au début, d'un milieu régulateur extérieur, le laboratoire ou l'atelier, parfois l'usine ; peu à peu, quand il gagne en concrétisation, il devient capable de se passer du milieu artificiel, car sa cohérence interne s'accroît, sa systématique fonctionnelle se ferme en s'organisant. L'objet concrétisé est comparable à l'objet spontanément produit ; il se libère du laboratoire associé originel, et l'incorpore dynamiquement à lui dans le jeu de ses fonctions ; c'est sa relation aux autres objets, techniques ou naturels, qui devient régulatrice et permet l'auto-entretien des conditions de fonctionnement ; et objet n'est plus isolé ; il s'associe à d'autres objets, ou se suffit à lui-même, alors qu'au début il était isolé et hétéronome."

Gilbert Simondon, Du mode d'existence des objets techniques, 1969, Aubier, pp. 46-47.

Idées clés pour l’IA :

2. La technique comme instrument / la technique comme système

(on peut ici mobiliser les analyses vues précédemment sur la technique en général)

3. Intelligence humaine / intelligence artificielle

Question : même si l’IA accomplit certaines tâches mieux que nous, peut-on parler d’intelligence au même sens que pour l’humain ?

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Études de cas

  1. ChatGPT et les outils de génération de texte

  2. Algorithmes de recommandation et de profilage

  3. Véhicules autonomes et robots dans l’industrie

  4. Le dilemme du Trolley et les voitures autonomes

    Le dilemme du Trolley (Philippa Foot, 1967)

    Application aux voitures autonomes : le cas Mercedes

    Questions éthiques soulevées :

    Pour aller plus loin : Moral Machine

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