La đ SĂ©ance 4 : âPourquoi lâĂge classique français est-il appelĂ© âlâĂge de lâĂ©loquenceâ ?â (4h) a rĂ©vĂ©lĂ© les conditions d'Ă©panouissement parfait de l'art oratoire dans un contexte de stabilitĂ© culturelle et sociale. Nous questionnons maintenant l'envers de cette mĂ©daille : que devient l'Ă©loquence quand ces conditions disparaissent ? L'avĂšnement de la modernitĂ© dĂ©mocratique et technologique sonne-t-elle le glas de la grandeur rhĂ©torique ou ouvre-t-elle de nouvelles possibilitĂ©s crĂ©atives ?
Y a-t-il un dĂ©clin irrĂ©versible et inĂ©luctable de lâart oratoire dans les sociĂ©tĂ©s dĂ©mocratiques modernes et postmodernes ? Les nouveaux mĂ©dias technologiques (radio, tĂ©lĂ©vision, internet, rĂ©seaux sociaux) transforment-ils crĂ©ativement ou dĂ©truisent-ils dĂ©finitivement lâĂ©loquence traditionnelle hĂ©ritĂ©e de lâAntiquitĂ© ?
« Je pense que les peuples dĂ©mocratiques ont un goĂ»t naturel pour la libertĂ© ; livrĂ©s Ă euxâmĂȘmes, ils la cherchent, ils l'aiment, et ils ne voient qu'avec douleur qu'on les en Ă©carte. Mais ils ont pour l'Ă©galitĂ© une passion ardente, insatiable, Ă©ternelle, invincible ; ils veulent l'Ă©galitĂ© dans la libertĂ©, et, s'ils ne peuvent l'obtenir, ils la veulent encore dans l'esclavage. [...] De nos jours, la parole publique doit donc surtout flatter cette passion dominante : ce n'est plus par la pompe des discours, mais par la promesse d'une Ă©galitĂ© toujours plus grande que l'orateur espĂšre entraĂźner les foules. »
- Comment Tocqueville distingueâtâil le « goĂ»t naturel » pour la libertĂ© et la « passion ardente » pour l'Ă©galitĂ© ?
- En quoi cette hiĂ©rarchie entre libertĂ© et Ă©galitĂ© modifieâtâelle le contenu et le style de l'Ă©loquence politique ?
- Ce texte permetâil de parler d'un « populisme dĂ©mocratique » avant la lettre ? Justifie.
« Ă l'Ă©poque de la reproductibilitĂ© technique de l'Ćuvre d'art, ce qui dĂ©pĂ©rit, c'est son aura. [...] Le mode d'ĂȘtre unique de l'Ćuvre est remplacĂ© par une existence sĂ©rielle, destinĂ©e Ă ĂȘtre reproduite en masse. La parole profĂ©rĂ©e devant un auditoire rassemblĂ© cĂšde la place Ă une parole enregistrĂ©e, diffusĂ©e, montĂ©e, qui atteint des multitudes d'auditeurs isolĂ©s. Ainsi, les formes traditionnelles de l'Ă©loge et du discours public se transforment en produits mĂ©diatiques, soumis aux lois de la consommation. »
- Explique ce que Benjamin entend par « dépérissement de l'aura » à l'Úre technique.
- Comment la reproduction technique modifieâtâelle la situation d'Ă©nonciation de la parole publique ?
- En quoi cette analyse permetâelle de penser la diffĂ©rence entre un grand discours prononcĂ© en direct et sa diffusion mĂ©diatique de masse ?
« La sphĂšre publique bourgeoise peut ĂȘtre dĂ©crite comme le domaine d'une discussion rationnelle oĂč des personnes privĂ©es font usage de leur raison pour dĂ©battre publiquement des affaires communes. [...] Avec la montĂ©e en puissance des mĂ©dias de masse et de la publicitĂ©, cette sphĂšre tend Ă se transformer : la discussion argumentĂ©e y est de plus en plus remplacĂ©e par des techniques de mise en scĂšne et d'influence, qui transforment le citoyen en simple consommateur de messages. »
- Comment Habermas dĂ©finitâil l'« espace public » dans sa forme bourgeoise classique ?
- Quelles mutations introduisent les médias de masse dans cet espace de discussion ?
- Ce diagnostic impliqueâtâil nĂ©cessairement un dĂ©clin de l'Ă©loquence rationnelle, ou une transformation de ses lieux et de ses formes ?
« Il n'y a pas de parole qui soit "pure" communication : toute prise de parole est aussi une prise de position dans un espace social structurĂ©. Parler, c'est occuper une certaine position, faire valoir une certaine autoritĂ©, mobiliser un certain capital symbolique. [...] La mĂȘme phrase n'a pas le mĂȘme poids selon qu'elle est prononcĂ©e par un professeur, un ministre ou un ouvrier ; et tout l'art rhĂ©torique dissimule souvent cette inĂ©gale efficacitĂ© en faisant comme si seuls comptaient les mots, et non la position sociale de celui qui les Ă©nonce. »
- Pourquoi Bourdieu affirmeâtâil qu'il n'existe pas de « parole pure », dĂ©tachĂ©e des rapports sociaux ?
- En quoi l'exemple du mĂȘme Ă©noncĂ© prononcĂ© par des locuteurs diffĂ©rents montreâtâil l'existence d'un « capital symbolique » ?
- Comment cette approche sociologique bousculeâtâelle l'idĂ©al antique d'une rhĂ©torique fondĂ©e uniquement sur le talent de l'orateur ?
Le "Défi Transmédiatique"
Les Ă©lĂšves reçoivent un extrait du mĂȘme grand discours antique (par exemple l'oraison funĂšbre de PĂ©riclĂšs) et doivent le "traduire" pour qu'il fonctionne sur diffĂ©rents supports modernes, tout en conservant sa force persuasive.