đ± Questions dâĂ©veil (5â10 min)
- Si tu devais te dĂ©crire Ă quelquâun qui ne te connaĂźt pas, tu commencerais par parler de quoi : de ton apparence, de ton caractĂšre, de ce que tu aimes faire, dâautre chose ? Pourquoi ?
- Imagine que tes amis doivent Ă©crire chacun une phrase pour te prĂ©senter. Quâestâce quâils diraient, selon toi ? Estâce que tu es dâaccord avec cette image ?
- Estâce que tu te sens exactement la mĂȘme personne quâil y a 5 ans ? Si oui, pourquoi ? Si non, quâestâce qui a changĂ© ?
- Pensesâtu que les autres (parents, amis, profs) te connaissent mieux que toiâmĂȘme, ou moins bien ? Donne un exemple.
đ ProblĂ©matique :
Le sujet de lâĂ©nonciation coĂŻncide-t-il avec le sujet de lâĂ©noncĂ© ? Y a-t-il une unitĂ© substantielle du moi ou une multiplicitĂ© de personnes en nous ? Comment penser lâidentitĂ© personnelle dans la durĂ©e temporelle ?
đŠ Phase 1 â Fiche dâidentitĂ© du « moi » (30 min)
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Ătape 1 â LâidentitĂ© mise Ă nu
- Chaque Ă©lĂšve remplit une fiche dâidentitĂ© avec :
- Nom, Ăąge (facile)
- Qualités principales (déjà plus difficile)
- Ce quâil veut vraiment (hĂ©sitationsâŠ)
- Ses contradictions internes (surprise !)
- Mise en commun :
- Quâestâce qui a Ă©tĂ© facile Ă Ă©crire ?
- Quâestâce qui a Ă©tĂ© gĂȘnant ou flou ?
- A-t-on vraiment lâimpression de se connaĂźtre soiâmĂȘme ?
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Apport philosophique â Nietzsche, critique du « je pense »
« On se figure le âsujetâ comme la cause de la pensĂ©e ; on dit : âje penseâ, et lâon se repose sur cette petite phrase comme sur une certitude inĂ©branlable. Mais il faudrait se dĂ©faire de cette superstition grammaticale qui fait de la pensĂ©e lâactivitĂ© dâun sujet. Ce nâest pas âje penseâ quâil faudrait dire, mais simplement : âça penseâ. De mĂȘme quâon dit : âil pleutâ. Ici encore, le langage ne fait que masquer le vĂ©ritable processus : un faisceau dâimpulsions, dâaffects, dâhabitudes, que nous rassemblons ensuite sous lâĂ©tiquette commode de âmoiâ. »
- Friedrich Nietzsche, ParâdelĂ bien et mal, §16, tr. fr. C. Gounaropoulos, GF Flammarion (adaptĂ© pour la classe).
Trace écrite (Nietzsche)
- Dire « je pense » suppose un sujet stable qui posséderait la pensée.
- Pour Nietzsche, cette évidence est trompeuse : il vaudrait mieux dire « ça pense », comme on dit « il pleut ».
- Le « je » serait donc un effet de langage, pas un fondement certain.
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đ Phase 2 â LâexpĂ©rience des voix multiples (35 min)
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Situation concrĂšte : « Plusieurs voix dans ma tĂȘte »
- Contexte proposé (au choix ou à adapter) :
- Choix dâorientation : « On te propose une filiĂšre qui âassureâ un mĂ©tier, mais toi tu prĂ©fĂ©rerais une voie plus incertaine mais qui te plaĂźt vraiment. »
- Choix relationnel : « Tu hĂ©sites Ă rompre / te dĂ©tacher dâun groupe dâamis qui ne te ressemble plus vraiment, mais que tu connais depuis longtemps. »
- Choix entre passion et devoir : « Tu dois rĂ©viser pour un contrĂŽle important, mais on te propose en mĂȘme temps une sortie / activitĂ© que tu adores. »
- Incarner physiquement les voix intérieures :
- CĂŽtĂ© droit : la voix raisonnable (ce quâil faut faire : sĂ©curitĂ©, devoir, image sĂ©rieuse).
- CĂŽtĂ© gauche : la voix du dĂ©sir (ce dont jâai envie maintenant : plaisir, spontanĂ©itĂ©).
- Centre : la voix sociale (ce quâ« on » attend de moi : parents, profs, amis, sociĂ©tĂ©).
- Dans le dos : la voix des peurs (ce qui mâangoisse : Ă©chec, jugement, solitude).
- Dialogue entre ces voix :
- Laquelle est vraiment « moi » ?
- Estâce quâune voix domine toujours ?
- Peutâon rĂ©duire le sujet Ă une seule de ces voix ?
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Apport philosophique â Freud, le moi nâest pas maĂźtre chez lui
« Le moi nâest pas maĂźtre dans sa propre maison. Les actes manquĂ©s, les lapsus, les rĂȘves nous apportent chaque jour la preuve quâune partie de notre vie psychique nous Ă©chappe et agit Ă notre insu. Nous sommes forcĂ©s dâadmettre, derriĂšre le moi conscient qui se croit souverain, lâexistence de pensĂ©es, de dĂ©sirs et de souvenirs qui, bien quâinconscients, nâen influencent pas moins notre conduite. Ce que nous appelons âjeâ nâest donc quâune petite portion de la vie psychique totale, un Ăźlot Ă©clairĂ© sur une vaste mer obscure. »
- Sigmund Freud, « Lâinconscient », in MĂ©tapsychologie, 1915, tr. fr. J. Laplanche, PUF (adaptĂ© pour la classe).
Trace écrite (Freud)
- Le sujet est divisĂ© : une partie de lui-mĂȘme reste inconsciente.
- RĂȘves, lapsus, actes manquĂ©s rĂ©vĂšlent des dĂ©sirs refoulĂ©s.
- Quand je dis « je », je ne maßtrise pas totalement ce qui parle en moi.
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đ§© Phase 3 â Lapsus et « moi suspect » (25 min)
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Test du lapsus révélateur
- Exercice dâĂ©criture rapide, sans rĂ©flĂ©chir trop longtemps :
- ComplĂ©tez : « Ce que je voudrais vraiment, câest⊠»
- Puis : « Mais ce nâest pas possible parce que⊠»
- Enfin : « En fait, au fond de moi⊠»
- Mise en commun (anonymisée si besoin) :
- Y aâtâil des contradictions entre les trois phrases ?
- Certaines formulations surprennentâelles leur auteur ou lâenseignant ?
- Qui parle vraiment dans ces phrases : le « moi officiel » ou autre chose ?
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ComplĂ©ment freudien â Le dĂ©guisement du dĂ©sir
- Reprise (orale ou courte) du parallĂšle avec le rĂȘveârĂ©bus chez Freud :
- Le contenu manifeste masque un contenu latent.
- Il y a un travail de déformation pour éviter la censure.
- Lapsus et formulations spontanées en classe jouent un rÎle analogue :
- Ils laissent passer autre chose que le « moi contrÎlé ».
MĂ©thode : petite grille de lecture freudienne dâun rĂȘve
- Ătape 1 â DĂ©crire le rĂȘve comme un film
- OĂč ça se passe ? Qui est lĂ ? Que se passeâtâil ? (sans expliquer, juste raconter).
- Ătape 2 â Chercher ce que ça rappelle dans la vraie vie
- Quâestâce qui, en ce moment, te prĂ©occupe (Ă©cole, famille, amis, amour, futurâŠ) ?
- Estâce que le rĂȘve pourrait ĂȘtre une mise en scĂšne exagĂ©rĂ©e de ce souci ?
- Ătape 3 â Utiliser 3 outils freudiens
- Condensation : un personnage ou un lieu mélange plusieurs personnes / souvenirs à la fois.
- DĂ©placement : une Ă©motion forte (peur, colĂšre, honte) est dĂ©placĂ©e sur un dĂ©tail qui nâa pas lâair important.
- Déguisement : un désir ou une peur est caché sous une image bizarre pour passer la censure.
- Ătape 4 â Quelques symboles frĂ©quents (Ă manier avec prudence)
- Dents qui tombent : peur de perdre quelque chose (image, pouvoir, amour), angoisse de grandir / vieillir.
- Chute dans le vide : impression de perdre le contrĂŽle, peur de lâĂ©chec ou du regard des autres.
- Course sans fin / ĂȘtre en retard : stress face Ă des exigences (Ă©cole, famille), peur de ne pas ĂȘtre « Ă la hauteur ».
- Maison / chambres : différentes parties de soi (zones connues / inconnues, souvenirs, secrets).
- Mort dâun proche : souvent peur de la sĂ©paration ou du changement, pas forcĂ©ment dĂ©sir rĂ©el de mort.
- RĂšgle dâor : ce ne sont que des hypothĂšses, pas des vĂ©ritĂ©s absolues. Le meilleur interprĂšte de ton rĂȘve, câest toi, en tâaidant de ces outils.
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