🔍 Problématique

Comment rendre compte fidèlement du flux de la conscience ? Peut-on décrire la temporalité vécue sans la trahir ? Y a-t-il une logique de l’association des idées ou seulement un chaos apparent ? L’écriture littéraire peut-elle véritablement épouser le mouvement spontané de la pensée ?

🌱 Questions d’éveil philosophique (5–10 min)

  1. Quand tu te dis « je pense », tu as l’impression que c’est qui qui pense exactement ? Toi comme une chose stable, ou quelque chose qui change tout le temps ?
  2. Est‑ce que tu as déjà eu l’impression que tes pensées allaient trop vite pour pouvoir être notées ou expliquées ? Qu’est‑ce que cela dit, selon toi, sur la conscience ?
  3. Une journée de cours : est‑ce que tu la vis comme une suite de moments séparés, ou plutôt comme un seul grand « flux » avec des hauts et des bas ? Explique.
  4. Penses‑tu que nous sommes vraiment transparents à nous‑mêmes, ou qu’il y a toujours des zones de nous‑mêmes que nous ne comprenons pas (rêves, réactions bizarres, lapsus…) ? Justifie.

🦉 Phase 1 – « Expérience du monologue intérieur en direct » (25 min)

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Étape 1 – L’auto‑observation impossible ?

  1. Minute 1 : consigne – « Notez tout ce qui vous passe par la tête pendant 60 secondes. »
  2. Minute 2 : consigne – « Maintenant, observez vos pensées sans les noter. »
  3. Minute 3 : consigne – « Observez-vous en train d’observer vos pensées. »

Mise en commun :

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Apport philosophique – William James, Abrégé / Précis de psychologie : le « courant de conscience »

« De tous les faits que nous présente la vie intérieure, le premier et le plus concret est sans contredit celui-ci : des états de conscience vont s'avançant, s'écoulant et se succédant sans trêve en nous. Pour exprimer ce fait dynamique dans toute sa simplicité et avec le minimum de postulats, il faudrait pouvoir dire en français "il pense", comme on dit "il pleut" ou "il vente". Faute de cet excellent barbarisme, il faut nous contenter de dire que "la conscience va et ne cesse pas d'avancer". »

« La conscience est sensiblement continue : par "continu" j'entends simplement ce qui ne présente ni brisure, ni fissure, ni division. Les seules "solutions de continuité" qui puissent avoir un sens dans la vie d'un esprit individuel sont : ou des solutions de continuité dans le courant même de la conscience, c'est-à-dire des interruptions — des temps vides où la conscience serait momentanément abolie —, ou des solutions de continuité dans son contenu, c'est-à-dire des cassures si nettes et si brusques que les deux états disjoints seraient absolument sans rapports. D'où affirmer la continuité de la conscience revient à affirmer deux choses :

1° que la conscience qui suit un "temps vide" se sent solidaire de la conscience qui le précède, en qui elle reconnaît une autre partie de son moi ;

2° que les changements qualitatifs qui se produisent d'un moment à l'autre dans le contenu de la conscience ne sont jamais absolument brusques, et ne constituent jamais des cassures absolues. La conscience ne s'apparaît pas à elle‑même comme hachée en menus morceaux. Les mots de "chaîne" et de "suite" expriment encore fort mal sa réalité perçue à même ; on n'y saurait marquer de jointure ; elle coule. Si l'on veut l'exprimer en métaphores naturelles, il faut parler de "rivière" et de "courant" [...]. »

« La grande difficulté est maintenant de se rendre compte par l'introspection de la vraie nature des états transitifs. Ils ne sont, disons‑nous, que des vols vers une conclusion, et cela même les rend insaisissables : les arrêter en plein élan, c'est les anéantir ; attendre qu'ils aient atteint la conclusion, c'est attendre que cette conclusion les éclipse, dévore en son éclat leur pâle lueur, et les écrase de sa masse solide. [...] On veut saisir un cristal de neige, et l'on n'a sur la main qu'une goutte d'eau ; on veut saisir la conscience d'un rapport allant vers son terme, et l'on ne tient qu'un état substantif, généralement le dernier mot prononcé, d'où se sont évaporés la vie, le mouvement, le sens précis qu'il avait dans la phrase. Tenter une analyse introspective dans ces conditions reviendrait à saisir un rouet pour en surprendre le mouvement, ou à allumer le gaz assez vite pour voir l'obscurité. »

Lien avec l’activité

Trace écrite (James)

Pour William James, la conscience n’est pas une suite de petits morceaux séparés, mais un courant continu : elle « coule » comme une rivière.

Quand on essaie de la regarder de trop près, on la fige et on la déforme : on ne saisit plus le mouvement, seulement des résultats déjà faits.

Le « moi » n’est donc pas une chose fixe, mais un processus de pensée en mouvement permanent.

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✍️ Phase 2 – Écriture automatique et durée vécue (65 min)

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Étape 1 – Écriture automatique (30 min)

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Apport philosophique – Freud, L’Interprétation des rêves : logique de l’inconscient

« Les pensées du rêve et le contenu du rêve nous apparaissent comme deux exposés des mêmes faits en deux langues différentes ; ou mieux, le contenu du rêve nous apparaît comme une transcription [Übertragung] des pensées du rêve, dans un autre mode d'expression, dont nous ne pourrons connaître les signes et les règles que quand nous aurons comparé la traduction et l'original. [...] Supposons que je regarde un rébus : il représente une maison sur le toit de laquelle on voit un canot, puis une lettre isolée, un personnage sans tête qui court, etc. [...] Le rêve est un rébus, nos prédécesseurs ont commis la faute de vouloir l'interpréter en tant que dessin. C'est pourquoi il leur a paru absurde et sans valeur. »

« Quand, au début de ce travail, j'ai donné un de mes rêves en exemple d'analyse, j'ai dû interrompre l'inventaire de mes idées latentes parce qu'il s'en trouvait parmi elles que je préférais garder secrètes, [...] Je ne me les connaissais pas ; elles me semblaient non seulement étrangères, mais pénibles ; je les repoussais de toutes mes forces et cependant je sentais qu'elles m'étaient imposées par la logique inflexible des idées latentes. [...] Cette situation spéciale, je la dénomme état de refoulement. [...] J'en conclus que si le rêve est obscur, c'est par nécessité et pour ne pas trahir certaines idées latentes que ma conscience désapprouve. Ainsi s'explique le travail de déformation qui est pour le rêve comme un véritable déguisement. »

Lien avec l’activité

Trace écrite (Freud)

Pour Freud, nos pensées conscientes ne sont que la partie visible d’un appareil psychique plus profond, traversé par des désirs inconscients.

Le rêve fonctionne comme un rébus : il transforme ces désirs cachés en images bizarres pour les déguiser et protéger la conscience (refoulement).

Le flux de conscience n’est donc jamais totalement transparent : une partie de nous‑mêmes reste cachée, inconsciente.

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Étape 2 – Expérience du temps vécu (35 min)

Trois séquences de même durée (2 minutes chacune) :

Bilan :

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Apport philosophique – Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience : la durée pure

« La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre, quand il s'abstient d'établir une séparation entre l'état présent et les états antérieurs. Il n'a pas besoin, pour cela, de s'absorber tout entier dans la sensation ou l'idée qui passe, car alors, au contraire, il cesserait de durer. Il n'a pas besoin non plus d'oublier les états antérieurs : il suffit qu'en se rappelant ces états il ne les juxtapose pas à l'état actuel comme un point à un autre point, mais les organise avec lui, comme il arrive quand nous nous rappelons, fondues pour ainsi dire ensemble, les notes d'une mélodie. Ne pourrait-on pas dire que, si ces notes se succèdent, nous les apercevons néanmoins les unes dans les autres, et que leur ensemble est comparable à un être vivant, dont les parties, quoique distinctes, se pénètrent par l'effet même de leur solidarité ? La preuve en est que si nous rompons la mesure en insistant plus que de raison sur une note de la mélodie, ce n'est pas sa longueur exagérée, en tant que longueur, qui nous avertira de notre faute, mais le changement qualitatif apporté par là à l'ensemble de la phrase musicale. On peut donc concevoir la succession sans la distinction, et comme une pénétration mutuelle, une solidarité, une organisation intime d'éléments, dont chacun, représentatif du tout, ne s'en distingue et ne s'en isole que pour une pensée capable d'abstraire. Telle est sans aucun doute la représentation que se ferait de la durée un être à la fois identique et changeant, qui n'aurait aucune idée de l'espace. Mais familiarisés avec cette dernière idée, obsédés même par elle, nous l'introduisons à notre insu dans notre représentation de la succession pure ; nous juxtaposons nos états de conscience de manière à les apercevoir simultanément, non plus l'un dans l'autre, mais l'un à côté de l'autre ; bref, nous projetons le temps dans l'espace, nous exprimons la durée en étendue, et la succession prend pour nous la forme d'une ligne continue ou d'une chaîne, dont les parties se touchent sans se pénétrer. »

Le temps vécu (la durée) ne se laisse pas découper comme une ligne d’instants.

Lien avec l’activité

Trace écrite (Bergson)

Bergson distingue le temps mesuré par l’horloge et le temps vécu, qu’il appelle la durée.

La durée est un flux qualitatif : les moments de notre vie se pénètrent comme les notes d’une mélodie, et ne sont pas de simples points juxtaposés.

C’est la conscience qui donne au temps sa couleur et son épaisseur.

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📚 Phase 3 – Courant de conscience littéraire et phénoménologie du temps (40 min)

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Analyse comparative de trois tentatives littéraires :

  1. Proust – flux mémoriel de la madeleine (Du côté de chez Swann)

    « Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. » « La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté. »

  2. Joyce – monologue de Molly Bloom (fin d’Ulysse)

  3. Woolf – courant de conscience dans Mrs Dalloway

Questions directrices :