Comment concilier la singularitĂ© irrĂ©ductible de lâĂ©motion personnelle et lâuniversalitĂ© de lâart ? Lâexpression la plus intime peut-elle toucher lâhumanitĂ© entiĂšre ? Y a-t-il des sentiments spĂ©cifiquement « modernes » ?
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Hegel, Esthétique (t. I)
« L'art romantique a pour principe le sentiment intérieur, l'ùme infinie, la subjectivité libre. [...] L'art romantique laisse cette unité se dissoudre, et s'approprie les deux cÎtés de la totalité dans leur indépendance réciproque, afin de les réunir dans une unité supérieure de nature spirituelle. Le contenu de l'art romantique est donc la vie intérieure absolue, et la forme correspondante est la subjectivité spirituelle saisie dans sa liberté et son indépendance. »
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Kierkegaard, Ou bien⊠ou bien
« LâesthĂšte vit uniquement dans lâinstant. Il fuit la rĂ©pĂ©tition, il change sans cesse de masque, de plaisir, de situation, pour ne jamais sâennuyer. Tout doit ĂȘtre intĂ©ressant, tout doit le divertir. Mais plus il cherche Ă se libĂ©rer de tout engagement, plus il devient prisonnier de lui-mĂȘme. »
« Il se perd dans la rĂ©flexion infinie, dans lâironie, dans la mĂ©lancolie. Rien ne vaut quâon sây attache vraiment, car toute attache stable serait dĂ©jĂ une limitation. Il veut jouir de tout sans jamais se donner, il veut ressentir sans jamais se lier. Pourtant, cette existence finit par se retourner contre lui : la multiplicitĂ© infinie des possibilitĂ©s ne conduit pas au bonheur, mais Ă une angoisse profonde. LâesthĂšte dĂ©couvre que sa vie nâa pas de centre, quâil est comme dissous dans une suite dâinstants. Plus il sâest cru libre, plus il sâest dĂ©robĂ© Ă lui-mĂȘme. »
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Nietzsche, La Naissance de la tragédie
« Sous le signe dâApollon, le Grec voit le monde comme un rĂȘve lumineux : tout y est forme, mesure, beautĂ© sereine. Apollon donne Ă la souffrance une figure supportable, il lâentoure dâapparences harmonieuses. Dans la statue, dans lâimage, dans le mythe apollinien, lâhomme se contemple comme individu distinct, dĂ©limitĂ©, protĂ©gĂ©. »
« Mais ce monde de formes serait mensonge sâil ne rencontrait pas la puissance de Dionysos. Sous lâeffet du dionysiaque, tombent les barriĂšres qui isolent les individus : les hommes se sentent emportĂ©s dans un mĂȘme flot de joie et de douleur. Ils oublient leur nom, leur histoire, leur position sociale ; ils font lâexpĂ©rience dâune unitĂ© plus profonde avec la vie elle-mĂȘme. La tragĂ©die grecque naĂźt de cette fusion des deux principes : la forme apollinienne de la reprĂ©sentation sert de voile Ă un fond dionysiaque de souffrance, dâivresse, de destruction et de renaissance. LâĂ©motion tragique nâest pas celle dâun individu isolĂ©, mais celle de lâhumanitĂ© qui se reconnaĂźt dans la nĂ©cessitĂ© de souffrir et de pĂ©rir. »
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Walter Benjamin, Charles Baudelaire
« La grande ville moderne est le théùtre dâune expĂ©rience inĂ©dite : celle du choc. Dans les passages, dans les rues, devant les vitrines illuminĂ©es, le promeneur est sans cesse heurtĂ© par des images, des bruits, des visages anonymes. La foule le traverse et le regarde sans le voir. Le poĂšte moderne nâest pas un observateur lointain de ce tumulte : il est lui-mĂȘme pris dans ce mouvement, il se laisse porter et se perd en lui. »
« De cette immersion naĂźt un type particulier de sensibilitĂ© : mĂ©lange de fatigue, de spleen, de fascination pour la marchandise et pour les figures inconnues. Baudelaire transforme ces impressions singuliĂšres en poĂ©sie. LâexpĂ©rience trĂšs personnelle du flĂąneur parisien devient lâexpression dâune condition plus gĂ©nĂ©rale : celle de lâhomme moderne, entourĂ© dâobjets qui se succĂšdent et se remplacent sans cesse, privĂ© de repĂšres stables, exposĂ© Ă des excitations constantes. Les sentiments privĂ©s â spleen, nostalgie, sentiment dâĂ©trangetĂ© â prennent alors la forme de figures universelles de la modernitĂ©. »
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Phase 1 â LâexpĂ©rience personnelle brute (15 min)
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Phase 2 â Le test de reconnaissance (20 min)
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Phase 3 â Lâalchimie artistique (30 min)
Victor Hugo, Demain, dĂšs lâaubeâŠ
« Demain, dĂšs lâaube, Ă lâheure oĂč blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu mâattends.
Jâirai par la forĂȘt, jâirai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. »
« Je ne regarderai ni lâor du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand jâarriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyÚre en fleur. »
Baudelaire, Les Fleurs du mal (spleen moderne)
« Quand le ciel bas et lourd pÚse comme un couvercle
Sur lâesprit gĂ©missant en proie aux longs ennuis,
Et que de lâhorizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; » (Spleen, LXXVIII)
Une chanson contemporaine connue des élÚves
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Phase 4 â Le paradoxe de lâauthenticitĂ© (25 min)
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Phase 5 â Lâuniversel contemporain (10 min)
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Limites : quand le sentiment devient marchandise ou réaction immédiate
Eva Illouz, Les marchandises émotionnelles (2009)
« LâĂ©conomie Ă©motionnelle transforme les affects en objets de calcul, de prĂ©vision et de profit ; elle fait du moi un ensemble de donnĂ©es Ă exploiter. »
« Le moi devient une cible de marketing, un segment à conquérir, une promesse de rendement. »
Byung-Chul Han, Dans la nuée : réflexions sur le numérique (2015)
« La communication numérique supprime la distance. Elle fait disparaßtre le temps de la réflexion, de la contemplation, du retrait. »
« Le like est la forme Ă©lĂ©mentaire de la positivitĂ© numĂ©rique : il ne supporte ni la lenteur, ni lâambivalence, ni le silence. »
đ Question aux Ă©lĂšves : dans vos usages numĂ©riques (Instagram, TikTok, SnapchatâŠ), vos Ă©motions sont-elles vraiment plus libres et plus authentiques, ou bien orientĂ©es par les formats, les algorithmes et la recherche de validation ?
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