🔗 Lien avec la séance précédente :

La 🏛️ Séance 2 : “Comment l’art oratoire structure-t-il la pensée ?” (4h) a établi que la rhétorique obéit à des lois rationnelles universelles, codifiées par Aristote et transmises par la tradition classique. Ces structures semblaient stables, presque intemporelles.

Pourtant, l'histoire politique connaît des moments de rupture radicale où les fondements mêmes de l'ordre social sont remis en question. La Révolution française constitue précisément un tel moment : elle bouleverse non seulement les institutions, mais aussi les codes de la parole publique. Face à l'urgence révolutionnaire, les orateurs abandonnent les références mythologiques, les périphrases aristocratiques et la distance rhétorique cultivée pour inventer un nouveau langage : direct, passionné, émotionnel.

🔍 Problématique :

Les moments historiques de rupture politique et sociale transforment-ils absolument les formes traditionnelles du discours public ou ne font-ils que renouveler superficiellement des structures rhétoriques éternelles et invariantes ? La Révolution française inaugure-t-elle une modernité de l’éloquence ?

đź§  Corpus philosophique :

« Mais l'âge de la chevalerie est passé. Celui des sophistes, des économistes et des calculateurs lui a succédé, et la gloire de l'Europe est pour jamais éteinte. [...] On a voulu tout ramener à des droits abstraits de l'homme, comme si les nations n'étaient pas des corps réels, formés par le temps, les mœurs et les traditions. En détruisant les préjugés et les usages anciens, on a brisé ces liens invisibles qui unissaient les vivants aux morts et à ceux qui ne sont pas encore nés. On a cru fonder la liberté sur des déclarations métaphysiques ; on n'a fait que livrer la société à la violence des passions, et préparer le règne de nouveaux tyrans. »

« J'entends ici la formation d'une classe d'hommes dépositaires des principes des sciences ou des procédés des arts, des mystères ou des cérémonies de la religion, des secrets de la législation et de la politique. J'entends cette séparation de l'espèce humaine en deux portions : l'une destinée à enseigner, l'autre faite pour croire ; l'une cachant orgueilleusement ce qu'elle se vante de savoir, l'autre recevant avec respect ce qu'on daigne lui révéler. [...] Or le progrès nécessaire des lumières doit détruire peu à peu cette distinction humiliante ; l'instruction publique, également répandue, rendra inutile et injuste tout privilège de savoir, et l'éloquence politique elle‑même devra parler au peuple comme à un esprit capable de comprendre. »

« Chez les Anciens, la liberté consistait à participer activement à la souveraineté de tous : délibérer, voter sur la place publique, juger les magistrats ; l'éloquence y était l'instrument d'une volonté commune, présente tout entière sur la scène politique. Chez les Modernes, au contraire, la plupart des citoyens, absorbés par leurs affaires privées, ne peuvent ni ne veulent consacrer leur vie entière aux choses publiques. Leur liberté consiste surtout dans la jouissance paisible de la sûreté individuelle. Dès lors, l'éloquence change de nature : elle ne s'adresse plus à un peuple rassemblé pour décider immédiatement, mais à une opinion dispersée, qu'il faut éclairer, émouvoir, convaincre sans jamais prétendre l'absorber tout entière dans un même élan. »

🦉 Activité :

Le "Laboratoire de Transformation Discursive"

Les élèves reçoivent le même message politique de base (par exemple : "Il faut réformer les impôts pour plus de justice") qu'ils doivent transformer selon différents "codes d'époque" :

Phase 1 (10 min) : Chaque équipe tire au sort une "carte identité" :