Extrait 1 - Kant (autonomie) :

L’autonomie de la volonté est cette propriété qu’a la volonté d’être à elle-même sa loi (indépendamment de la nature des objets du vouloir). Le principe de l’autonopmie est donc d’opter toujours du telle sorte que la volonté puisse considérer les maximes, qui déterminent son choix, comme des lois universelles. Que cette règle pratique soit un impératif, c’est-à-dire que la volonté de tout être raisonnable y soit liée comme à une condition nécessaire, c’est ce qu’on ne peut prouver par une simple analyse des concepts que renferme la volonté, car c’est là une proposition synthétique, qui commande apodictiquement, doit pouvoir être établie tout à fait a priori ; mais ce n’est pas l’affaire de cette section. La seule chose qu’on puisse établir par une simple analyse des concepts de la moralité, c’est que le principe de l’autonomie est l’unique principe de la morale. En effet on trouve par là que ce principe doit être un impératif catégorique, et que celui-ci ne commande ni plus ni moins que cette autonomie même.

~Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)

Extrait 2 - Sartre (liberté conditionnée) :

Il faut, en outre, préciser contre le sens commun que la formule « être libre » ne signifie pas « obtenir ce qu’on a voulu », mais « se déterminer à vouloir (au sens large de choisir) par soi-même ». Autrement dit, le succès n’importe aucunement à la liberté. La discussion qui oppose le sens commun aux philosophes vient ici d’un malentendu : le concept empirique et populaire de « liberté » produit de circonstances historiques, politiques et morales équivaut à « faculté d’obtenir les fins choisies ». Le concept technique et philosophique de liberté, le seul que nous considérions ici, signifie seulement : autonomie du choix. Il faut cependant noter que le choix étant identique au faire suppose, pour se distinguer du rêve et du souhait, un commencement de réalisation. Ainsi ne dirons-nous pas qu’un captif est toujours libre de sortir de prison, ce qui serait absurde, ni non plus qu’il est toujours libre de souhaiter l’élargissement, ce qui serait une lapalissade sans portée, mais qu’il est toujours libre de chercher à s’évader (ou à se faire libérer) — c’est-à-dire que quelle que soit sa condition, il peut pro-jeter son évasion et s’apprendre à lui-même la valeur de son projet par un début d’action. Notre description de la liberté, ne distinguant pas entre le choisir et le faire, nous oblige à renoncer du coup à la distinction entre l’intention et l’acte. On ne saurait pas plus séparer l’intention de l’acte que la pensée du langage qui l’exprime et, comme il arrive que notre parole nous apprend notre pensée, ainsi nos actes nous apprennent nos intentions, c’est-à-dire nous permettent de les dégager, de les schématiser, et d’en faire des objets au lieu de nous borner à les vivre, c’est-à-dire à en prendre une conscience non-thétique.

~Jean-Paul Sartre, L'Être et le Néant, II LIBERTÉ ET FACTICITÉ : LA SITUATION (1943)