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Gabarit : présentation · extrait · enjeux · explication linéaire · prolongements
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Also sprach Zarathustra. Ein Buch für Alle und Keinen paraît en quatre parties entre 1883 et 1885 (la quatrième est imprimée à compte d'auteur, à quarante exemplaires). Friedrich Nietzsche y abandonne l'aphorisme pour un grand poème philosophique — récit, paraboles, hymnes, prophéties — dont le héros, Zarathoustra, descend de sa montagne pour annoncer aux hommes la mort de Dieu, l'avènement du Übermensch (le surhumain) et la doctrine de l'éternel retour. Le livre se présente comme un cinquième Évangile, mais retourné : il ne s'agit plus de promettre un arrière-monde, mais de réapprendre à dire oui à cette vie-ci, dans son intégralité, douleurs comprises. La syntaxe — versets, parallélismes, anaphores — pastiche Luther et la Bible pour mieux la déposer.
La place de Zarathoustra dans l'œuvre nietzschéenne est singulière : Nietzsche le tient lui-même pour son livre majeur (Ecce Homo parlera d'un "livre qui ouvre une époque de l'humanité") et il y condense les motifs qu'il développera ensuite en prose plus serrée dans Par-delà bien et mal (1886) et La Généalogie de la morale (1887). C'est aussi le livre où la critique de l'humanisme classique — l'humain comme mesure et achèvement — bascule en pensée du dépassement : l'homme est quelque chose qui doit être surmonté.
Je vous enseigne le surhumain. L'homme est quelque chose qui doit être surmonté. Qu'avez-vous fait pour le surmonter ? Tous les êtres jusqu'à présent ont créé quelque chose au-delà d'eux-mêmes : et vous voulez être le reflux de ce grand flot, et plutôt retourner à la bête que surmonter l'homme ? Qu'est-ce que le singe pour l'homme ? Une dérision ou une honte douloureuse. Et c'est précisément cela que doit être l'homme pour le surhumain : une dérision ou une honte douloureuse. (Prologue, §3)
Sur l'extrait du Prologue §3.
1. L'annonce prophétique — "Je vous enseigne le surhumain". Zarathoustra parle comme un maître spirituel (le verbe lehren, enseigner, est celui des Évangiles), mais la position est inversée : il ne révèle pas une vérité venue d'ailleurs, il enseigne un devenir. Le surhumain n'est pas un dogme à croire mais un chemin à frayer.
2. Le diagnostic-injonction — "L'homme est quelque chose qui doit être surmonté". La proposition a une double valeur : descriptive (l'homme est par essence ce qui se dépasse — il l'a toujours fait, depuis la bête) et prescriptive (vous devez le surmonter). L'auxiliaire allemand soll porte cette ambivalence du constat et de l'impératif.
3. L'argument évolutif détourné — "Qu'est-ce que le singe pour l'homme ?". Nietzsche convoque Darwin mais pour le retourner : l'évolution n'est pas un processus naturel achevé en l'homme, c'est une tâche qui se poursuit. Le rapport homme-singe est projeté en homme-surhumain — honte douloureuse, dit le texte, qui inscrit la transformation dans une expérience affective, non dans un calcul biologique.
4. La menace du dernier homme — "vous voulez être le reflux de ce grand flot". L'image hydraulique du Flut (flot, marée) figure l'humanité comme dynamique : la stagnation est régression. Le danger n'est pas l'animalité (qui appartient au passé) mais la passivité satisfaite — celle du "dernier homme" qui suivra dans le §5 et qui cligne de l'œil parce qu'il a inventé le bonheur. Le dernier homme est la véritable figure-repoussoir du livre.