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Gabarit : définition · usage philosophique · usage littéraire · pièges à éviter
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Définition
Du grec μίμησις (de mimeisthai, imiter) — imitation, représentation, figuration. La mimêsis désigne le processus par lequel un art (poésie, peinture, théâtre, musique) figure quelque chose en l'imitant. C'est le concept-clé de toute esthétique classique de la représentation, et l'un des concepts les plus contestés de la philosophie de l'art. Le terme grec recouvre à la fois la copie (reproduction d'apparences) et la représentation (figuration d'actions, de caractères, de structures).
Usage philosophique
- Platon, République III et X : critique radicale de la mimêsis poétique. Le poète imite des apparences qui sont elles-mêmes imitations des Idées : la poésie est éloignée du vrai de deux degrés (livre X, 597e). Pire, elle s'adresse à la partie inférieure de l'âme (les passions) plutôt qu'à la raison. La cité juste exclura les poètes mimétiques — sauf ceux qui célèbrent les dieux et les hommes vertueux.
- Aristote, Poétique (vers 335 av. J.-C.) : retournement complet. La mimêsis est la propre de l'humain (chap. 4, 1448b) — l'homme est l'animal le plus mimétique de tous, et c'est par l'imitation qu'il acquiert ses premières connaissances. La tragédie, mimêsis d'une action sérieuse et complète, opère la catharsis des passions de pitié et de crainte. La mimêsis aristotélicienne est productive : elle représente non ce qui est arrivé, mais ce qui pourrait arriver selon le vraisemblable ou le nécessaire (chap. 9).
- Plotin (Ennéades V, 8) : la mimêsis remonte aux Idées plutôt qu'à leurs copies sensibles — réhabilitation néoplatonicienne de l'art.
- Erich Auerbach, Mimésis (1946, écrit en exil à Istanbul) : histoire littéraire monumentale qui suit, d'Homère et de la Bible à Virginia Woolf, les transformations de la représentation du réel dans la littérature occidentale. Auerbach analyse comment chaque époque invente son style mimétique propre (le « réalisme sérieux » étant la conquête du roman moderne).
- René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque (1961) : théorie du désir mimétique — nous ne désirons pas l'objet en soi, nous désirons selon le désir de l'autre, qui devient à la fois modèle et rival. Le roman moderne (Cervantès, Stendhal, Flaubert, Proust, Dostoïevski) en serait, selon Girard, la révélation littéraire avant la formalisation théorique.
Usage littéraire
- Doctrine classique : l'imitatio des Anciens (imitation des modèles canoniques — Homère, Virgile, Cicéron, les tragiques grecs). Du Bellay, Défense et illustration de la langue française (1549), articule imitation et création nationale.
- Théorie classique du XVIIᵉ siècle : Boileau, Art poétique (1674) ; doctrine de la vraisemblance et des bienséances, qui prolonge Aristote.
- Réalisme du XIXᵉ siècle : Balzac (« le secrétaire de la société française »), Flaubert, Maupassant, Zola — le roman comme miroir promené le long d'un chemin (Stendhal, Le Rouge et le Noir, chap. 49).
- Modernité : la mimêsis devient elle-même problématique. Joyce, Proust, le Nouveau Roman (Robbe-Grillet), la métafiction interrogent leur propre dispositif représentatif et exposent les conventions qui le soutiennent.
Pièges à éviter
- Mimêsis ≠ copie servile. Chez Aristote, elle est productive et créatrice ; elle peut représenter ce qui pourrait arriver (le vraisemblable), pas seulement ce qui est arrivé (l'histoire).
- Ne pas opposer trop vite mimêsis et invention : le poète invente en imitant des structures (intrigues, caractères, situations) plutôt que des objets singuliers.
- Ne pas confondre la mimêsis aristotélicienne avec l'« imitation » au sens scolaire (recopier). La mimêsis grecque inclut la fiction, l'hypothétique, le vraisemblable, le possible.
- Distinguer la critique platonicienne (la mimêsis nous éloigne du vrai) et la réhabilitation aristotélicienne (la mimêsis nous y conduit par d'autres voies) — ce sont deux positions philosophiques opposées, et tout l'enjeu de l'esthétique occidentale est de naviguer entre elles.