Ce qu'on va apprendre ici

Tu as probablement déjà eu cette remarque sur ta copie : « Vous affirmez mais vous ne démontrez pas », « Argumentez ! », « Pourquoi ? ». Et tu t'es peut-être dit : « Mais j'ai donné un exemple… j'ai cité un auteur… qu'est-ce qu'il faut de plus ? »

Le problème, c'est qu'affirmer une idée — même une bonne idée — ce n'est pas encore argumenter. Et illustrer par un exemple — même un bon exemple — ce n'est pas argumenter non plus. Argumenter, c'est un geste précis, et ce folio va te montrer lequel.


Ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui argumente

Un argument, ce n'est pas une opinion forte. C'est une structure : quelqu'un qui argumente relie une idée (la conclusion) à une raison qui la soutient (la prémisse) par un lien logique (le raisonnement). Dit autrement :

Argument = une idée + la raison pour laquelle cette idée tient.

Voici le chemin :

Étape 1 — Je formule clairement ce que je veux soutenir. C'est ma thèse, ma conclusion. Une phrase nette, pas vague.

Étape 2 — Je me demande : POURQUOI est-ce que c'est vrai (ou plausible) ? C'est la question décisive. La réponse à ce « pourquoi », c'est ma raison, ma prémisse.

Étape 3 — Je vérifie que le lien tient. Est-ce que ma raison soutient réellement ma conclusion ? Est-ce que quelqu'un pourrait accepter ma raison et refuser ma conclusion ? Si oui, il y a un trou dans mon raisonnement.

Étape 4 — Je formule le tout explicitement. Je ne laisse pas le lecteur deviner le lien — je l'écris.


Exemple — le chemin complet :

Ce que je veux soutenir : « Le bonheur ne peut pas dépendre de la satisfaction de tous nos désirs. »

Pourquoi ? Parce que les désirs se renouvellent sans cesse — quand j'obtiens ce que je voulais, un nouveau désir apparaît. Si le bonheur suppose que tous mes désirs soient satisfaits, alors il suppose un état que je n'atteindrai jamais, puisque de nouveaux désirs surgissent dès que les anciens sont comblés.

Est-ce que le lien tient ? Oui : si la prémisse est vraie (les désirs se renouvellent indéfiniment), alors la conclusion s'impose (on n'arrivera jamais à les satisfaire tous, donc le bonheur ainsi défini est impossible).

Formulation rédigée : « Le bonheur ne peut pas consister en la satisfaction de tous nos désirs. En effet, le propre du désir est de se renouveler : sitôt un désir satisfait, un autre prend sa place. Dès lors, attendre d'avoir comblé tous ses désirs pour être heureux, c'est attendre un état qui, par nature, ne peut jamais advenir. »


⚠️ Piège fréquent n°1