Ce qu'on va apprendre ici

Dans le folio précédent, tu as appris qu'un exemple ne remplace jamais un argument. Tu sais maintenant que l'argument vient en premier — la raison qui soutient ta thèse — et que l'exemple vient après. Bien.

Mais il reste un problème. Même quand l'exemple est au bon endroit, beaucoup d'élèves le posent dans leur copie sans jamais dire ce qu'il montre. Ils racontent un fait, une situation, un cas — puis passent à la suite, comme si c'était évident. Or ce n'est pas évident. Un exemple ne parle pas tout seul. C'est toi qui dois le faire parler.

Ce folio t'apprend le geste complet : choisir un exemple, l'introduire, l'analyser, et montrer explicitement ce qu'il prouve par rapport à ton argument.


Ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui utilise bien un exemple

Un bon exemple ne « tombe » pas dans une copie — il est convoqué pour une raison précise. Voici le chemin mental :

Étape 1 — J'ai déjà un argument. (C'est la condition préalable. Si je n'ai pas d'argument, je n'ai rien à illustrer.) Mon argument a une structure : une thèse + une raison qui la soutient.

Étape 2 — Je choisis un cas concret qui INCARNE ma raison. Mon exemple doit être un cas particulier de la raison générale que j'avance. Ce n'est pas n'importe quel cas vaguement relié au thème — c'est un cas qui rend visible le mécanisme que je décris.

Étape 3 — Je décris l'exemple avec précision, mais SEULEMENT les aspects pertinents. Je ne raconte pas tout — je sélectionne dans l'exemple les éléments qui correspondent à ce que mon argument affirme.

Étape 4 — Je dis EXPLICITEMENT ce que l'exemple montre. C'est l'étape que presque tout le monde oublie. Après avoir décrit le cas, j'écris une phrase du type : « Cet exemple montre que… » / « On voit ici que… » / « Ce cas illustre le mécanisme suivant : … ». Je reviens à l'idée générale.

Résumé : Argument → Exemple (cas particulier de la raison) → Analyse (ce que le cas rend visible) → Retour à l'idée générale.


Exemple — le chemin complet :

Mon argument : « La technique nous aliène quand nous devenons dépendants d'un outil au point de ne plus pouvoir agir sans lui — notre capacité propre s'atrophie. »

Mon exemple : le GPS. Beaucoup de conducteurs sont aujourd'hui incapables de s'orienter sans leur application de navigation. Le sens de l'orientation, la lecture de carte, la mémorisation d'itinéraires — des capacités qu'ils possédaient avant — se sont affaiblies faute d'être exercées.

Mon analyse (ce que l'exemple montre) : « Le cas du GPS illustre précisément ce mécanisme : l'outil, en prenant en charge une fonction cognitive à notre place, ne se contente pas de nous aider — il rend obsolète la compétence correspondante. Ce n'est plus un moyen que je maîtrise, c'est une béquille sans laquelle je ne tiens plus debout. L'aide technique est devenue une dépendance. »

Retour à l'idée : « On voit ici que le problème n'est pas la technique en elle-même, mais le rapport de substitution qui s'installe : dès qu'un outil remplace une capacité au lieu de la prolonger, il y a aliénation. »


⚠️ Piège fréquent n°1