En une phrase

Le bonheur désigne l'état de satisfaction durable que vise toute vie humaine — mais dont le contenu, les moyens et même le statut de fin légitime sont profondément contestés.

Le problème central

Tous les hommes veulent être heureux, mais ils ne s'accordent pas sur ce qu'est le bonheur. Faut-il en conclure qu'il est purement subjectif (chacun le sien), ou qu'il existe une vie objectivement bonne, même quand celui qui la mène ne s'en rend pas compte ? Et si le bonheur est subjectif, peut-il encore servir de fin morale ?

Distinctions fondamentales

Thèses majeures

1. Le bonheur comme accomplissement de la nature humaine (Aristote) — L'eudaimonia est l'activité de l'âme selon la vertu. Chaque être a une fonction propre (ergon) ; pour l'homme, c'est exercer la raison. Le bonheur n'est pas un sentiment fugace mais l'œuvre d'une vie entière. « Une hirondelle ne fait pas le printemps. »

2. Le bonheur comme tranquillité (épicurisme, stoïcisme) — Pour Épicure, l'ataraxie (absence de trouble) s'obtient en distinguant désirs naturels nécessaires, naturels non nécessaires, et vains. Pour les stoïciens, le bonheur est dans l'accord avec la nature et l'indifférence à ce qui ne dépend pas de nous.

3. Le bonheur comme illusion ou divertissement (Pascal, Schopenhauer) — Pour Pascal, l'homme cherche le bonheur « dans le divertissement » parce qu'il ne supporte pas de se tenir en repos dans une chambre. Pour Schopenhauer, le bonheur est l'absence momentanée de souffrance ; il est négatif. Texte : Pascal — Le roseau pensant.

4. Le bonheur comme indéterminable rationnellement (Kant) — Le bonheur est un idéal « non de la raison mais de l'imagination » : chacun y met ce qu'il veut. Il ne peut donc servir de principe à la morale. Il faut chercher non à être heureux, mais à être digne de l'être.

5. Le bonheur comme conquête collective (utilitarisme, socialismes) — Bentham, Mill : la bonne action est celle qui maximise le bonheur du plus grand nombre. La politique n'a pas d'autre fin que cette maximisation. La psychologie positive contemporaine prolonge l'idée.

Faux problèmes et pièges