En une phrase

La nature désigne à la fois l'ensemble de ce qui existe indépendamment de l'homme, l'essence d'une chose, et un modèle normatif supposé — trois sens dont la confusion est l'erreur philosophique la plus fréquente.

Le problème central

La nature est-elle une réalité à découvrir ou une catégorie que nous projetons ? Quand on dit « c'est dans la nature de... » ou « c'est contre nature », on parle moins de la nature que de nous-mêmes. La notion de nature est un test de la frontière entre science et idéologie.

Distinctions fondamentales

Thèses majeures

1. La nature comme cosmos réglé (Aristote, stoïciens) — La physis est l'ordre intelligible où chaque être a sa fin (telos). Vivre selon la nature, c'est vivre selon la raison qui structure tout. La nature est à la fois fait et norme.

2. La nature comme mécanisme à conquérir (Descartes, modernes) — La nature est matière étendue régie par des lois mathématiques. Dépouillée de finalité, elle devient objet de science et de technique. L'homme s'en rend « comme maître et possesseur ».

3. La nature humaine comme construction sociale (Rousseau, anthropologie) — « Il n'est pas aisé de distinguer dans l'homme actuel ce qui est de nature et ce qui est d'institution. » La nature humaine est largement plastique : ce qu'on prend pour naturel est souvent culturel et donc historique.

4. La nature comme altérité à respecter (éthiques environnementales) — Au XXe-XXIe siècle, la nature redevient un sujet moral : les vivants non humains, les écosystèmes, les générations futures ont une valeur intrinsèque. La pensée cartésienne du « maître » est réfutable et réfutée par ses effets.

5. La nature comme construit historique (Latour, Descola) — La grande coupure nature/culture est typiquement occidentale et moderne. D'autres cosmologies (animisme, totemisme) ne séparent pas humains et non-humains. La « nature » est un concept situé.

Faux problèmes et pièges