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HLP Première - Semestre 1 : Les pouvoirs de la parole
Entrée 1 : L'art de la parole - De la rhétorique antique à la pragmatique des agencements
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On croit souvent que la parole est un outil neutre - un moyen de communiquer des pensées préexistantes. D'abord on pense, ensuite on parle. Mais cette vision instrumentale rate l'essentiel : la parole ne transporte pas des idées, elle produit des effets. Parler, c'est agir. La question n'est donc pas « que dit la parole ? » mais « que fait la parole ? »
Le langage n'est pas fait pour être cru, mais pour obéir et faire obéir. Voilà le point de départ radical : la parole n'est pas d'abord informative - elle est d'abord performative. Elle transforme les corps, les statuts, les situations. L'institutrice qui enseigne ne donne pas de l'information - elle donne des ordres, elle commande. Et cette dimension de commandement traverse tous les énoncés, même les plus anodins.
Les sophistes sont les premiers à avoir compris que la parole est une force. Gorgias, dans l'Éloge d'Hélène, compare le logos à un pharmakon - un poison et un remède. La parole peut tout : persuader, enchanter, transformer.
« La parole est une grande souveraine qui, par le plus petit et le plus invisible des corps, accomplit les actes les plus divins. » - Gorgias
Qu'est-ce que les sophistes ont vraiment saisi ? Que la parole est un agencement matériel - elle n'est pas dans la tête, elle est entre les corps. Elle circule, elle produit, elle agit. La parole n'est jamais l'expression d'une pensée intérieure : elle est un événement qui se produit dans l'espace social, entre un corps qui parle et des corps qui sont affectés.
Dans le Gorgias, Platon attaque la rhétorique comme simple flatterie (kolakeia) - elle produit du plaisir sans vérité, de la persuasion sans savoir. La vraie parole serait celle du dialecticien qui cherche le vrai.
Mais soyons attentifs au geste réel de Platon : il n'élimine pas simplement la rhétorique - il sélectionne parmi les prétendants. La dialectique platonicienne est elle-même un acte de puissance, un agencement qui décide qui a le droit de parler et au nom de quoi. Platon ne sort pas du jeu du pouvoir - il en redistribue les cartes.
Aristote réconcilie : la rhétorique est un art (tekhnè), pas une tromperie. Elle a ses moyens propres :
Ce triptyque est précieux : il montre que la parole est toujours un agencement de trois composantes hétérogènes - un corps parlant, des corps affectés, une machine logique. Aucune de ces composantes ne fonctionne seule. L'éloquence n'est pas une qualité du sujet - c'est un effet d'agencement.