<aside> 📜

Gabarit : présentation · extrait · enjeux · explication linéaire · prolongements

</aside>

Présentation

Le Traité de la nature humaine (A Treatise of Human Nature) de David Hume paraît anonymement à Londres en 1739-1740. Hume a 28 ans. Le livre — qui « tomba mort-né des presses », comme dira plus tard son auteur — est aujourd'hui considéré comme l'une des œuvres majeures de la philosophie moderne.

La section VI du livre I, partie IV (« De l'identité personnelle ») applique la méthode empirique de Hume à la question du moi. La conclusion est radicale : il n'existe pas de moi-substance. Quand je cherche par introspection ce moi qui serait supposé être l'unité permanente sous mes états changeants, je ne trouve rien — sinon une succession de perceptions particulières. Le moi est, selon la formule canonique, un faisceau de perceptions (bundle of perceptions).

L'argumentation procède en trois temps :

  1. Examen introspectif : aucune impression ne correspond à l'idée d'un moi simple et identique.
  2. Description positive : ce qui existe, c'est un flux continu de perceptions liées par des relations (causalité, mémoire, ressemblance).
  3. Diagnostic : l'illusion du moi-substance est produite par l'imagination, qui simplifie le faisceau en une « unité » fictive utile mais infondée.

Extrait

Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi-même, je tombe toujours sur quelque perception particulière ou sur une autre — chaud ou froid, lumière ou ombre, amour ou haine, douleur ou plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, à un moment quelconque sans une perception, et je ne peux jamais observer rien d'autre que la perception. Quand mes perceptions sont supprimées pour un temps, comme par un sommeil profond, aussi longtemps je n'ai aucune conscience de moi-même, et l'on peut véritablement dire que je n'existe pas. […] L'esprit est une sorte de théâtre, où plusieurs perceptions font successivement leur apparition ; passent, repassent, glissent, et se mélangent dans une variété infinie de positions et de situations. Il n'y a proprement en lui ni simplicité à un temps donné, ni identité à travers des temps différents, quelque inclination naturelle qu'on ait à imaginer cette simplicité et cette identité.

— Hume, Traité de la nature humaine*, livre I, partie IV, section VI (1739, extrait, traduction adaptée)*

Enjeux

Explication linéaire

1. La démarche introspective. « Quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi-même, je tombe toujours sur quelque perception particulière. » Hume adopte la méthode même de Descartes — l'introspection — mais en renverse le résultat. Là où Descartes trouvait un cogito (« je suis, j'existe »), Hume ne trouve que des perceptions hétérogènes. La pluralité empirique remplace l'unité métaphysique.

2. L'énumération empirique. « Chaud ou froid, lumière ou ombre, amour ou haine, douleur ou plaisir. » Quatre paires d'opposés sensoriels et affectifs. Chaque perception est particulière — pas un état général d'un moi qui sentirait, mais des affections discrètes. L'enchaînement de paires souligne la discontinuité : on passe d'un opposé à l'autre.

3. L'argument du sommeil. « Quand mes perceptions sont supprimées pour un temps, comme par un sommeil profond, aussi longtemps je n'ai aucune conscience de moi-même, et l'on peut véritablement dire que je n'existe pas. » Conclusion vertigineuse. Hume retire la couverture métaphysique : nous croyons exister sans interruption, mais aux moments où aucune perception n'est présente, nous n'existons pas. Le moi est intermittent.