<aside> 🧭

Avant de commencer. Rédiger avec rigueur, ce n'est pas écrire « élégamment » — c'est écrire précisément, de sorte que chaque phrase dise une chose identifiable, contestable, et articulée à la suivante. À chaque exercice, garde en tête la question magique : « Si quelqu'un qui n'est pas dans ma tête lisait cette phrase, comprendrait-il exactement — et uniquement — ce que je veux dire ? » Si la réponse est non, la phrase n'est pas finie de penser.

Deux tests rapides à garder en réserve : (1) peux-tu reformuler ta phrase en termes plus simples sans rien perdre ? (2) quelqu'un pourrait-il raisonnablement la contester ? Si la phrase est trop vague pour qu'on puisse la nier, elle ne dit rien.

</aside>


Niveau 1 — Reconnaître

5 à 10 minutes. Apprendre à voir le flou avant de le produire.

Exercice 1.1 — Diagnostiquer le type de flou

Pour chaque phrase, identifie précisément le type de flou : phrase-brouillard, mot-valise, enchainement invisible, jargon creux, dérobade (phrase qui se protège), pronom fantôme. Plusieurs défauts peuvent coexister.

  1. « L'art a toujours été présent dans toutes les civilisations, et c'est quelque chose qui montre bien l'importance qu'il a pour l'être humain. »
  2. « La société dans laquelle nous vivons aujourd'hui impose des choses à l'individu qui ne sont pas toujours en accord avec ses aspirations profondes. »
  3. « On peut éventuellement penser que peut-être, dans une certaine mesure, le bonheur n'est pas forcément accessible à tout le monde de la même manière. »
  4. « La détermination phénoménologique de l'altérité dans son ipséité constitue le fondement transcendantal de l'intersubjectivité éthique. »
  5. « Le travail est utile. Il y a beaucoup de chômage. Les gens travaillent pour gagner leur vie. Marx a parlé de l'aliénation. »
  6. « La conscience nous distingue des animaux et c'est ce qui fait que cela est important pour comprendre cela. »
  7. « De tout temps, l'homme s'est posé la question du sens de la vie, et c'est cette quête qui définit notre humanité. »
  8. « On pourrait dire que la liberté est en quelque sorte une forme de pouvoir, dans la mesure où elle dépend en partie de ce que l'on peut faire. »

Coup de pouce. Le flou n'est pas une seule maladie : c'est une famille. Brouillard = la phrase n'affirme rien de précis. Mot-valise = un mot-clé est utilisé sans être déterminé. Enchaînement invisible = la phrase est juste mais le lien avec la précédente n'est pas clair. Jargon creux = des termes techniques empilés sans maîtrise. Dérobade = la phrase se vide d'elle-même sous les précautions. Pronom fantôme = « cela », « ce qui », « il » sans référent identifiable.

Exercice 1.2 — Le test de la contestation

Pour chaque phrase, dis si elle est contestable (quelqu'un pourrait raisonnablement la nier, donc elle dit quelque chose) ou si elle est tellement vague qu'elle n'engage rien. Si elle est inattaquable, c'est en général un mauvais signe.

  1. « La liberté est un thème central dans la philosophie occidentale. »
  2. « Être libre, ce n'est pas faire ce qu'on veut, mais agir selon des raisons qu'on a soi-même examinées. »
  3. « Le bonheur est une notion complexe qui interroge depuis longtemps les philosophes. »