La distinction en une formule
Essentiel : ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est, et sans quoi elle ne serait plus elle-même. Accidentel : ce qui appartient à la chose sans la définir, ce dont elle pourrait se passer.
Origine philosophique
Aristote oppose ousia (substance, essence) et sumbebêkos (accident). Le triangle a essentiellement trois côtés ; il peut accidentellement être dessiné au crayon rouge. La scolastique développera la distinction. Locke met en doute notre accès aux essences réelles : nous n'aurions que des essences nominales.
Exemples canoniques
- Essentiel : pour un humain, être vivant, mortel, doué de raison.
- Accidentel : la couleur des yeux, le prénom, la nationalité, l'époque.
- Cas test : l'humour est-il essentiel ou accidentel à l'humain ? L'existence sociale ? Le genre ?
Pièges et confusions
- Confondre essentiel et important : l'essentiel est ce qui définit ; l'important est ce qui a de la valeur. La couleur de la robe de mariée est importante ce jour-là, elle n'est pas essentielle au mariage.
- Réifier l'essence : croire qu'il y a quelque part une « essence » des choses indépendante de nos découpages. Sartre : « l'existence précède l'essence » pour l'homme.
- Naturaliser des accidents en essences : faire passer pour essentielles des caractéristiques contingentes (le genre, la classe, la race) — opération idéologique typique.
- « L'essentiel est invisible pour les yeux » : belle formule, mais ne dit pas l'essentiel philosophiquement.
Sujets décisifs
- Y a-t-il une essence de l'homme ? (essentialisme vs. existentialisme).
- Peut-on connaître l'essence des choses ? (Locke, Kant : phénomènes seulement).
- L'art représente-t-il l'essence ou l'accident ? (Platon : essence ; Aristote : universel par le particulier).
- Faut-il aller à l'essentiel ? (sens existentiel : qu'est-ce qui compte vraiment ?).