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Gabarit : définition · usage philosophique · usage littéraire · pièges à éviter
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Définition
Du grec δόξα — opinion, croyance, ce qui paraît. La doxa désigne le savoir partagé, ce qui passe pour évident dans une communauté, sans avoir été examiné. Elle nomme le régime ordinaire du discours et du jugement, par contraste avec l'épistémè (la science fondée) et le logos rationnellement argumenté. La doxa n'est pas l'erreur individuelle : c'est ce qui se croit anonymement, ce qui se dit sans qu'on ait à le dire.
Usage philosophique
- Platon établit le contraste fondateur : la doxa est le régime du sensible et du multiple, l'épistémè celui de l'intelligible et de l'un (République V-VII, Ménon 97a-98a). L'allégorie de la caverne est l'image canonique : les prisonniers vivent dans la doxa (ombres prises pour réel), et la sortie est une remontée pénible vers l'épistémè (les Idées). Pour Platon, la doxa est ce dont il faut s'arracher.
- Aristote retourne le rapport : la doxa est le point de départ légitime de l'enquête dialectique. On part des endoxa (opinions reçues, partagées par la majorité ou les sages) pour les éprouver, les confronter, en dégager ce qui résiste à l'examen (Topiques I, 1 ; Éthique à Nicomaque VII, 1).
- Aristotélisme rhétorique : le rhéteur ne parle pas dans l'absolu de la science, mais à partir de ce qui paraît vrai au plus grand nombre. La doxa devient matière de l'art oratoire.
- Pierre Bourdieu sociologise le concept : la doxa est ce qui va de soi dans un champ social donné, ce qui n'a pas même besoin d'être affirmé pour structurer les pratiques et les croyances (Le Sens pratique, 1980 ; Méditations pascaliennes, 1997). La doxa est l'impensé d'une époque.
Usage littéraire
La doxa est devenue la matière même du roman moderne, qui en fait l'objet de sa critique :
- Flaubert, dans Bouvard et Pécuchet (1881, inachevé) et son Dictionnaire des idées reçues, fait de la doxa bourgeoise un objet à la fois comique et tragique. Chaque entrée du Dictionnaire est une stéréotypie de la conversation policée.
- Roland Barthes, Mythologies (1957), déchiffre la doxa contemporaine comme idéologie naturalisée : la publicité, le catch, le steak-frites parlent au nom d'une « nature » qui est en fait une construction sociale.
- Chez Houellebecq, Annie Ernaux, Édouard Louis, la poétique repose sur la mise au jour de la doxa contemporaine (sociale, sexuelle, économique) qui structure les vies ordinaires sans être nommée.
Pièges à éviter
- Doxa ≠ opinion personnelle. La doxa est partagée, anonyme, présupposée — c'est l'opinion que personne ne s'attribue parce qu'elle semble aller de soi.
- Doxa ≠ erreur. Elle peut être vraie ou fausse ; ce qui la définit, ce n'est pas son contenu, c'est qu'elle n'est pas fondée.
- Ne pas l'assimiler trop vite au « préjugé » au sens péjoratif : la doxa structure aussi le savoir-faire ordinaire, la communication quotidienne, la coordination sociale — sans elle, aucune vie commune.
- Distinguer doxa platonicienne (à dépasser) et doxa aristotélicienne (à éprouver) : le geste philosophique change radicalement selon la position adoptée.