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Gabarit : présentation · extrait · enjeux · explication linéaire · prolongements

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Présentation

La Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient est publiée anonymement par Denis Diderot en juin 1749. Le texte vaut immédiatement à son auteur un emprisonnement de trois mois à Vincennes : la philosophie qu'il y développe est jugée dangereuse pour la religion.

La Lettre prend pour prétexte une opération de la cataracte pratiquée par Reaumur en présence d'un aveugle-né. Diderot s'en sert pour reposer le célèbre problème de Molyneux (un aveugle-né à qui l'on rend la vue reconnaît-il par la vue ce qu'il connaissait par le toucher ?), et plus largement pour interroger la relativité sensorielle de nos représentations du monde. Le cœur du texte est l'évocation de la mort du mathématicien anglais Nicholas Saunderson (1682-1739), aveugle de naissance et professeur à Cambridge, dont le dernier discours — reconstitué par Diderot — contient un argument matérialiste et athée d'une rare audace : l'argument du finalisme (les choses sont bien faites, donc Dieu existe) ne tient pas pour qui ne voit pas la beauté du monde.

Extrait

Si vous voulez que je croie en Dieu, il faut que vous me le fassiez toucher. […] Quel est donc ce Dieu que vous m'annoncez et qui ne se révèle qu'aux yeux, en se dérobant au tact ? Je ne vois rien, monsieur ; cependant j'admets dans chaque animal un agencement de parties d'où résultent ses fonctions. […] Si ce phénomène ne vous explique pas la formation des animaux et de l'univers, du moins il rend insoluble une grande partie des difficultés qu'elle entraîne. […] Je conjecture donc que, dans le commencement, où la matière en fermentation faisait éclore l'univers, mes semblables étaient fort communs. […] Quel est donc cet ordre que vous admirez tant ? Une succession purement mécanique de productions variées, dont les manquées ont péri, et dont il ne reste que celles dont l'organisation ne renfermait aucune contradiction importante avec elle-même, et qui pouvaient subsister par elles-mêmes et se perpétuer.

— Diderot, Lettre sur les aveugles (1749, discours de Saunderson mourant, extrait)

Enjeux

Explication linéaire

1. L'exigence de toucher. « Si vous voulez que je croie en Dieu, il faut que vous me le fassiez toucher » : Saunderson traduit l'exigence cartésienne d'évidence dans son propre registre sensoriel. La sentence est foudroyante : la croyance suppose une expérience, et l'expérience suppose des organes. Le Dieu qui ne se révèle « qu'aux yeux » est, pour un aveugle, structurellement inaccessible.

2. Le retournement du finalisme. « Je ne vois rien, monsieur ; cependant j'admets dans chaque animal un agencement de parties d'où résultent ses fonctions » : Saunderson concede l'observation (les organismes ont des fonctions), mais refuse l'inférence finaliste (donc un Dieu architecte). Il distingue la description de l'interprétation théologique.

3. L'hypothèse matérialiste. Saunderson propose une explication alternative : la matière elle-même, en « fermentation » au commencement de l'univers, produit des organismes variés. Les inadéquats disparaissent, les viables persistent. C'est une théorie pré-darwinienne de la sélection naturelle, formulée par un personnage de Diderot en 1749. Le pari intellectuel est immense.

4. La conclusion déflationniste. « Quel est donc cet ordre que vous admirez tant ? Une succession purement mécanique » : l'« ordre admirable » du monde n'est pas le signe d'une intention divine, c'est le résidu d'un processus aveugle. Le finalisme se renverse en mécanisme. Et l'admiration religieuse en humble description scientifique.

Prolongements