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Gabarit : présentation · extrait · enjeux · explication linéaire · prolongements

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Présentation

Le Discours de la méthode de René Descartes paraît en 1637 à Leyde, anonymement et en français (chose rare à l'époque pour un texte philosophique), accompagné de trois essais scientifiques. Le Discours est une autobiographie intellectuelle qui présente la démarche méthodologique sur laquelle Descartes a fondé sa philosophie.

La partie V est consacrée à la physiologie. Après avoir décrit le corps humain comme une machine hydraulique (les « esprits animaux » circulent dans les nerfs), Descartes pose la célèbre thèse des animaux-machines : les animaux ne sont que des automates extrêmement complexes, dépourvus d'âme pensante. Cette thèse est, dans la philosophie classique, la formulation la plus radicale de la frontière ontologique entre l'humain et l'animal.

Le passage critique propose deux critères « très certains » pour distinguer un véritable humain d'un automate parfaitement ressemblant : le langage articulé et l'adaptabilité de la conduite. Ces deux critères deviendront la matrice de toute la querelle moderne sur l'animalité et, par la suite, sur l'intelligence artificielle (le test de Turing est, structurellement, une version moderne du critère cartésien du langage).

Extrait

Et je m'étais ici particulièrement arrêté à faire voir que, s'il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure d'un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux ; au lieu que, s'il y en avait qui eussent la ressemblance de nos corps, et imitassent autant nos actions que moralement il serait possible, nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu'elles ne seraient point pour cela de vrais hommes. Dont le premier est que jamais elles ne pourraient user de paroles, ni d'autres signes en les composant, comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées. […] Et le second est que, bien qu'elles fissent plusieurs choses aussi bien, ou peut-être mieux qu'aucun de nous, elles manqueraient infailliblement en quelques autres, par lesquelles on découvrirait qu'elles n'agiraient pas par connaissance, mais seulement par la disposition de leurs organes. Car, au lieu que la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres, ces organes ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière.

— Descartes, Discours de la méthode*, partie V (1637, extrait)*

Enjeux

Explication linéaire

1. L'expérience de pensée. Descartes pose une hypothèse contrefactuelle : et si on construisait une machine parfaitement ressemblante à un animal ? Sa réponse est tranchante : on ne pourrait pas la distinguer du « vrai » animal. C'est dire que l'animal est déjà, ontologiquement, une machine. Le concept d'animal vivant n'a rien qui excède le concept d'automate.

2. Le contraste avec l'humain. Pour l'humain, en revanche, deux « moyens très certains » permettent toujours de distinguer un automate d'un être vrai. La précision « moralement » (= autant que la nature le permet) marque que Descartes envisage le cas le plus extrême : même une machine parfaite ne tromperait pas un observateur attentif.

3. Le premier critère — le langage. « Jamais elles ne pourraient user de paroles, ni d'autres signes en les composant » : Descartes insiste sur la composition — la capacité de produire des énoncés inédits, adaptés à la situation. Le perroquet répète ; il ne compose pas. Le langage authentique requiert une intentionnalité qui suppose une pensée.

4. Le second critère — la polyvalence rationnelle. Une machine, même parfaite, peut faire « aussi bien ou peut-être mieux » qu'un humain dans un domaine spécifique — mais elle échouera dans un autre. « Les organes ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière » : c'est la préfiguration du débat moderne sur l'intelligence artificielle générale (AGI) versus l'IA spécialisée.

Prolongements