Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (1794)

« J’entends ici la formation d’une classe d’hommes dépositaires des principes des sciences ou des procédés des arts, des mystères ou des cérémonies de la religion, des pratiques de la superstition, souvent même des secrets de la législation et de la politique. J’entends cette séparation de l’espèce humaine en deux portions ; l’une destinée à enseigner, l’autre faite pour croire ; l’une cachant orgueilleusement ce qu’elle se vante de savoir, l’autre recevant avec respect ce qu’on daigne lui révéler ; l’une voulant s’élever audessus de la raison, et l’autre renonçant humblement à la sienne, et se rabaissant audessous de l’humanité, en reconnaissant dans d’autres hommes des prérogatives supérieures à leur commune nature. [...] Cette distinction, dont, à la fin du XVIIIe siècle, nos prêtres nous offrent encore les restes, se trouve chez les sauvages les moins civilisés, qui ont déjà leurs charlatans et leurs sorciers. [...] »