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Gabarit : définition · usage philosophique · usage littéraire · pièges à éviter
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Définition
Du latin auctoritas, substantif dérivé du verbe augere (augmenter, faire croître). L'autorité est le pouvoir reconnu de faire reconnaître : elle ne contraint pas, elle est obéie spontanément parce qu'on lui reconnaît une légitimité. Elle se distingue conceptuellement :
- du pouvoir (qui peut contraindre matériellement),
- de la violence (qui s'impose par la force pure),
- de la simple opinion (qui peine à se faire entendre).
L'étymologie est éclairante : ce qui augmente — qui ajoute du poids, du sens, de la durée à ce qui existe déjà — voilà la racine de l'autorité légitime.
Usage philosophique
- Hannah Arendt, Qu'est-ce que l'autorité ? (1954, repris dans La Crise de la culture, 1961) : analyse devenue classique qui distingue rigoureusement autorité, pouvoir et violence. L'autorité ne se confond ni avec la persuasion (qui suppose des égaux argumentant) ni avec la coercition (qui impose par la force). Sa source, dans la tradition romaine, est l'augmentation — l'autorité de ce qui fonde et continue de fonder. Arendt soutient que la modernité a perdu l'autorité : nous n'avons plus que pouvoir et persuasion.
- Max Weber, Économie et société (publié 1922) : typologie canonique des trois formes de domination légitime — traditionnelle (la coutume, le « cela a toujours été ainsi »), charismatique (la grâce personnelle exceptionnelle d'un chef), légale-rationnelle (l'obéissance à la règle impersonnelle).
- Alexandre Kojève, La Notion de l'autorité (rédigé en 1942, publié posthume en 2004) : autorité du Père, du Maître, du Juge, du Chef — quatre types fondés sur quatre rapports temporels (au passé, au présent, à l'éternité, au futur).
- Pierre Bourdieu : autorité symbolique, capital culturel, violence symbolique — l'autorité repose sur une reconnaissance méconnue de ses conditions sociales d'imposition. Le titre, le diplôme, le statut institutionnalisé fonctionnent comme délégations d'autorité.
Usage littéraire
- Autorité du narrateur : le narrateur omniscient au XIXᵉ siècle (Balzac, Tolstoï, Hugo) parle au nom d'un savoir total sur ses personnages et sur le monde ; le XXᵉ siècle (Joyce, Proust, Faulkner, Virginia Woolf) déconstruit cette autorité narrative en multipliant les points de vue, en suspendant le jugement, en plongeant dans la conscience.
- Autorité des classiques : la doctrine classique du XVIIᵉ siècle fait des Anciens (Aristote, Horace, Cicéron, Homère, Virgile) des modèles à imiter. La Querelle des Anciens et des Modernes (fin XVIIᵉ) ébranle cette autorité — peut-on dépasser les Anciens ?
- Autorité du témoin : la littérature concentrationnaire (Primo Levi, Robert Antelme, Elie Wiesel, Charlotte Delbo) déplace l'autorité du savant vers le survivant. Annette Wieviorka parle de L'Ère du témoin (1998) pour décrire ce déplacement.
Pièges à éviter
- Autorité ≠ autoritarisme. L'autoritarisme est précisément l'autorité qui se nie elle-même en cessant d'être reconnue librement et en glissant vers la coercition.
- Ne pas confondre auctor (qui fonde, augmente, autorise) et imperator (qui commande, dispose de la force). Le mot français « autorité » recouvre les deux ; la distinction philosophique (notamment chez Arendt) est essentielle.
- L'« autorité » de l'expertise (le médecin, l'ingénieur, le scientifique) n'est pas politique : elle relève de la compétence technique, non de la légitimité du commandement public.