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Gabarit : présentation · extrait · enjeux · explication linéaire · prolongements
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Condition de l'homme moderne (titre original anglais : The Human Condition) de Hannah Arendt paraît en 1958 aux University of Chicago Press, et en traduction française en 1961 (sous-titré La Condition de l'homme moderne). Le livre s'inscrit dans le grand programme arendtien d'élucidation des conditions politiques de l'humanité, après l'expérience traumatique du totalitarisme analysée dans Les Origines du totalitarisme (1951).
La thèse centrale est une réarticulation de la vita activa (vie active) en trois activités fondamentales, hiérarchiquement distinctes :
Le drame de la modernité, selon Arendt, est l'inversion de cette hiérarchie : le travail-consommation a colonisé l'œuvre et l'action. L'humanité se réduit à l'animal laborans — l'animal travaillant, qui consomme ce qu'il produit, dans un cycle sans monde durable et sans action politique authentique.
La condition humaine du travail est la vie même. L'œuvre et son produit, l'artefact humain, confèrent une mesure de permanence et de durée à la futilité de la vie mortelle et au caractère fugace du temps humain. La condition humaine de l'œuvre est l'appartenance-au-monde. L'action, la seule activité qui mette directement en rapport les hommes, sans l'intermédiaire des objets ni de la matière, correspond à la condition humaine de la pluralité, au fait que ce sont des hommes et non pas l'Homme, qui vivent sur terre et habitent le monde. Bien que tous les aspects de la condition humaine soient de quelque manière en rapport avec la politique, cette pluralité est spécifiquement la condition — non seulement la conditio sine qua non, mais la conditio per quam — de toute vie politique.
— Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne*, prologue (1958, extrait)*
1. Le travail et la vie. « La condition humaine du travail est la vie même. » Phrase axiomatique. Le travail répond aux nécessités biologiques. Sa condition n'est pas politique, elle est vitale : nous travaillons parce que nous sommes vivants et que la vie a des besoins cycliques (manger, dormir, reproduire).
2. L'œuvre et la permanence. « L'œuvre et son produit, l'artefact humain, confèrent une mesure de permanence et de durée à la futilité de la vie mortelle. » L'œuvre va plus loin que le travail : elle produit des objets durables (un bâtiment, un livre, une cathédrale) qui survivent à leur producteur. C'est par l'œuvre que les humains construisent un monde commun dans lequel les générations successives peuvent se reconnaître.
3. L'action et la pluralité. « L'action, la seule activité qui mette directement en rapport les hommes, sans l'intermédiaire des objets ni de la matière, correspond à la condition humaine de la pluralité. » L'action est définie négativement (« sans l'intermédiaire des objets ») et positivement (« qui met directement en rapport les hommes »). Elle est interaction pure entre êtres humains. Son médium n'est pas la matière, c'est la parole et l'agir public.